Avec À propos d’Elly, Asghar Farhadi trouve la forme qui deviendra sa signature : une architecture dramatique au service d’un vertige moral. Ici, quelques couples de la classe moyenne téhéranaise partent en week-end sur la mer Caspienne. On chante, on plaisante, on organise presque innocemment une rencontre amoureuse pour Elly, institutrice. Puis Elly disparaît. Et le film se resserre sur ce drame.
Ensuite, le film n'essaye pas de résoudre une énigme mais surtout d’observer un délitement. La disparition expose les petites lâchetés, les mensonges pratiques, les ajustements de version. Qui a insisté pour qu’Elly vienne ? Qui surveillait les enfants ? Qui a menti au propriétaire de la maison ? Le vertige naît de l’impossibilité d’établir un récit commun.
La scène du sauvetage constitue le cœur formel du film. Un enfant disparaît dans les vagues, les hommes se jettent à l’eau. La caméra à l’épaule se débat avec les corps, le vent, les cris puis ensuite avec les conversations partielles. Aussi, l'espace devient une véritable dramaturgie. Dès l’arrivée à la villa, la caméra circule entre les pièces, traverse les seuils, cadre des conversations à travers des embrasures de porte. Les personnages se déplacent, se regroupent, s’isolent. Farhadi compose des cadres qui incluent et excluent, laissent hors champ des informations cruciales, retardant un aveu. Ainsi, plus le groupe parle, plus la vérité se dérobe. Chaque tentative d’éclaircissement ajoute une couche d’opacité.
Ce qui frappe, c’est l’absence de véritable méchant. Personne n’est foncièrement pervers (ou plutot tout le monde l'est). Les personnages mentent pour protéger un ami, préserver une réputation, éviter un scandale. Le mal émerge non d’une somme de petites lâchetés. Elly, quant à elle, devient surface de projection. Absente, elle est racontée par les autres, modelée selon leurs besoins. Tout est cruel.