On n’aurait pas parié grand chose dessus mais Tomb Raider est un film bien de son temps, alors même que la série de jeux vidéo dont il s’inspire n’occupe plus la place prépondérante qui était la sienne au début des années 2000. Evidemment, il en reprend toujours les grandes lignes : la riche héritière britannique, le père disparu, les artefacts archéologiques aux pouvoirs prétendument magiques, et les méchants sans scrupules, pour un ersatz d’Indiana Jones au féminin de l’ère numérique. Pourtant, ce reboot fait tout son possible pour se distancier des deux films du début des années 2000. Certes, Lara Croft est toujours une athlète accomplie mais cette fois, elle doute, hésite, échoue. Plus vulnérable, moins arrogante et moins sûre d’elle, l’incarnation du personnage se fait ici moins iconique, plus humaine en quelque sorte, que quand Angelina Jolie s’était appropriée la tresse, le débardeur et les deux flingues. Dans le même ordre d’idée, on peut d’ailleurs noter que Alicia Vikander, au demeurant tout à fait charmante, n’a ni les mensurations ni l’attitude pour imposer Lara en bombe sexuelle, et c’est totalement conscient. En cela, sans doute la trajectoire des films épouse-t-elle celle des jeux et c’est dans ce genre de nuances, et dans beaucoup d’autres tout au long du film, qu’on mesure tout ce qui changé depuis l’époque où une femme pouvait tenir les premiers rôles d’une franchise centrée sur l’action et l’aventure à la seule condition d’avoir tout ce qu’il faut pour occuper la même place dans un livre d’images pour camionneurs. Et le film dans tout ça ? Disons qu’avec ses enjeux qui en restent à une échelle modeste, ses obstacles, ses pièges et ses méchants à l’ancienne et ses cascades et trucages qui ne cherchent pas la surenchère (mais, reposent paradoxalement beaucoup sur les effets numériques), le film ne brigue à aucun moment le statut de Blockbuster de premier plan : Il fait plutôt partie de la catégorie, de plus en plus rare, des production milieu-de-gamme. Ni vraiment renversantes ni vraiment décevantes, ces nouvelles aventures de Lara Croft échappent au moins à la malédiction de la médiocrité qui parasita les adaptations de jeux vidéo durant tant d’années.