Adaptation toute en finesse et en délicatesse de la nouvelle d'Anton Tchekhov assez fidèle à cette dernière en respectant son ossature mais tout en lui donnant un peu plus de chair. Et quelques belles idées ressortent de cette dernière : une galerie de personnages secondaires amusément (pas sûr que ce mot existe mais m'en fous!!!) absurdes, un point de vue un peu moins mysogine, du moins le temps d'une scène, que celui de l'auteur de "La Mouette" sur la femme du principal personnage masculin et quelques petits rajouts intelligents comme la séquence avec l'autre chien qui servent à encore mieux souligner la passion comprimée entre les deux amants. Mais outre une très belle musique et une photo ouatée, le gros point fort du film c'est l'interprétation de la lumineuse Iya Savvina dont la voix très douce est mémorable et délicieuse à écouter. Le dégel (momentané!!!) sous Khrouchtchev a donné lieu à des oeuvres remarquables, ce film en est une belle preuve.
Iossif Kheifitz est un réalisateur soviétique qui n’est pas passé à la postérité. Réputé excellent directeur d’acteurs et découvreur de jeunes talents mais aussi connu comme très proche du régime communiste, il verra pâlir son étoile après son ultime succès en 1979 avec « Mariée pour la première fois ». Reste toutefois au sein de sa filmographie désormais oubliée, « La dame au petit chien » inspiré d’une nouvelle d’Anton Tchekhov qu’il réalise en 1960 au mitan de sa carrière. Frédéric Mitterrand alors chroniqueur à la télévision avait dit en présentant « La dame au petit chien » qu’il était à ses yeux : « Le plus beau film du monde ». Esthète quelquefois excessif, Fréderic Mitterrand voulait sans doute célébrer la très délicate mais aussi vibrante poésie qui émane de ce film à l’intrigue minimaliste centrée sur un amour adultérin impossible né dans la station balnéaire huppée de Yalta quand Dimitri Gourov (Alexeï Batalov), habitué de la station, aperçoit sur la promenade faisant face à la mer Noire une jeune femme seule promenant son petit chien blanc. Dans la torpeur de cet été finissant, le jeune homme marié aux nombreuses conquêtes féminines orchestre savamment les rencontres fortuites. L’attirance réciproque prend assez rapidement le dessus sur les préventions d’Anna (Iya Savvina) elle aussi mariée à un riche fonctionnaire, qui à son corps défendant s’engage dans une liaison normalement sans lendemain. Chacun rentre donc sagement de son côté, à Saratov pour Anna, à Moscou pour Dimitri. Mais le vide abyssal qui occupe les vies sentimentales réciproques des deux amants ne leur permet pas d’oublier un horizon nouveau très vite obscurci par les conventions sociales de l’époque. Dimitri très affecté par son manque d’audace initiale qui a pu être ressenti par Anna comme une sorte d’indifférence voire du mépris, décide de prendre l’initiative. L’écart de couches sociales et le conformisme ambiant seront-ils encore un obstacle ? Les tourments de la relation adultérine vieux le comme le monde qui reflètent ici l’âme russe habitée par la culpabilité si souvent décrites par les grands romanciers du XIXème siècle que furent Tolstoï, Tchekhov, Tourgueniev ou Dostoïevski constituent bien sûr le cœur du propos d’Iossif Kheifitz qui se place en rupture avec les adaptations enfiévrées de romans sudistes qui, à la même période occupent des cinéastes hollywoodiens comme Elia Kazan, Nicholas Ray ou Sydney Lumet. Kheifitz préfère une mise en scène atone qui éclaire les émotions des deux amants à l’aide de gros plans qui en disent plus long que tous les dialogues imaginables. Exercice périlleux brillamment réussi par Kheifitz qui a eu le mérite de placer pour la première fois derrière une caméra la lumineuse Iya Savvina qui donne toute sa force émotionnelle à cette « dame au petit chien », nous faisant mieux comprendre l’enthousiasme non feint du futur Ministre de la Culture. Le film sera justement présenté au festival de Cannes en 1960 où il récoltera sous la présidence de Georges Simenon le prix de la meilleure participation. Iossif Khefitz tenait pour l’éternité son chef d’œuvre.
I. Kheifitz est un réalisateur soviétique dont la filmographie très fournie à la réputation d'être peu intéressante, mais il faut pourtant reconnaître que son adaptation de " la dame au petit chien" de Tchekhov est une grande réussite.
Certes, la photographie n'est vraiment pas exceptionnelle, ( est ce dû à la copie ou à la qualité originelle de l'image ?) , mais " la dame..." est tiré par le haut en raison d'un scénario qui marie simplicité, intensité et justesse glacée.
Dans un film ramassé en 85 minutes, dont la fin ouverte ( ?) est d'autant bouleversante qu'on se doute qu'elle ne l'est pas.
L'auteur laisse transparaître à la fois l'espoir, le rêve consubstantiels à la nature humaine mais aussi la réalité de l'existence qui vient se coller dans le dernier plan aux yeux du spectateur.
Les membres du jury du festival de Cannes ne se tromperent pas en 1960, lorsqu'il delivrerent le prix de la meilleure contribution artistique à ce film ( il le partagea avec un autre film soviétique " la ballade du soldat" de G. Tchoukrai ).
Avant la révolution russe, un homme et une femme tous deux issus de la bourgeoisie, mariés et venus seuls en villégiature à Yalta, se rencontrent et tombent eperdument amoureux l'un de l'autre. Il faut bientôt repartir. Leur histoire a t elle un avenir possible ?
Le film est d'un intensité telle, qu'elle constitue sans doute une des meilleures adaptations cinématographiques de Tchekhov qui soie et une invitation irrepressible à lire ou à relire cet auteur, un des plus fameux de la littérature russe.
La courte période de libéralisme russe sous le pouvoir de Khrouchtchev permis à quelques cinéastes à la filmographie propagandiste de pouvoir enfin s'exprimer au grand jour. C'est le cas de ce film qui restera le seul film vraiment personnel de Joseph Heifitz. Aucune propagande n'est à trouver dans cette triste histoire d'amour nostalgique d'un passé à jamais disparu.