Paris is Burning
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Shawn777

804 abonnés 3 928 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 février 2020
Ce film documentaire, réalisé par Jennie Livingston et sorti en 1991, est très bon ! Ce documentaire s'intéresse au monde des gays, transgenres, drag-queens etc. dans le New-York des années 80 et plus précisément aux bals et à l'effervescence du voguing. Bon, voilà évidemment si on ne s'intéresse pas à tout cela ou si on ne veut pas s'y intéresser, le film peut parraître particulièrement long mais en même temps, c'est le cas avec tous les documentaires de ce type j'ai envie de dire. Cependant, pour une personne qui s'y intéresse, c'est un film vraiment très intéressant ! De plus, j'avais un peu peur que, étant donné que cela se passe dans les années 80, le film donne une image plutôt négative de ce milieu. En réalité, c'est tout l'inverse, nous avons même une caméra complètement objective sur la situation qui ne prend d'ailleurs pas vraiment position. Les interviews sont d'ailleurs très réussis et les sujets traités amènent à des questions pertinentes qui sont d'ailleurs, bien malheureusement, pour certaines toujours d'actualité. Le film nous montre également que c'est un milieu très propice à l'art et notamment à la danse, aux défilés etc. et toute la partie sur le voguing est très intéressante, enfin personnellement, je ne connaissais absolument pas les origines (ma seule connaissance dans le domaine étant le clip "Vogue" de Madonna qui d'ailleurs, remis dans son contexte, en est doublement intéressant). Bien que le film ne prenne pas vraiment position et montre un côté plutôt mélioratif de ce milieu, il n'en est pas moins réaliste, et notamment avec la fin tragique qu'a connu Venus Xtravaganza. "Paris is Burning" est donc un documentaire passionnant et très bien réalisé !
Theo
Theo

35 abonnés 1 073 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 juin 2025
Dès les premières images, Paris Is burning ne se contente pas de documenter — il transcende. Ce film de Jennie Livingston n’est pas seulement une incursion dans les bals de la scène queer afro-latino new-yorkaise des années 80, c’est une fresque humaine, culturelle, politique, intime, brûlante. Rarement un documentaire aura porté en lui une telle intensité existentielle, une telle beauté dans la lutte, dans l’expression de soi, dans la survie par la grâce et la performance.

Ce n’est pas un film sur le voguing. Ce n’est pas un film sur les drag balls. Ce n’est même pas un film sur la marginalité. C’est un film sur ce que veut dire exister quand tout, autour de vous, nie votre droit même à l’existence. Chaque plan, chaque visage filmé, chaque mot prononcé est un acte de résistance. À travers les voix de Dorian Corey, Pepper LaBeija, Angie et Venus Xtravaganza, Willi Ninja, Octavia St. Laurent et tant d’autres, le film ouvre une brèche — une brèche dans la narration dominante, dans les imaginaires exclusifs, dans l’histoire officielle.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’architecture rigoureuse des bals, l’extraordinaire sophistication de leurs catégories. Les bals ne sont pas un simple théâtre de l’exubérance : ils sont un système de codes, une langue, une contre-culture. Marcher “executive realness” ou “banjee boy” est un geste politique autant qu’artistique. Le travestissement n’y est pas déguisement mais révélation : on se drape dans le fantasme américain, non pour s’y dissoudre, mais pour le retourner comme un gant. Une parade dans les oripeaux d’un monde inaccessible, volé un instant par l’élégance, la grâce et l’ingéniosité.

Mais Paris Is burning est aussi un film d’échos. Sous chaque éclat de rire, sous chaque regard caméra, on sent les silences. L’homophobie, le racisme, le VIH, le sexisme, la pauvreté, l’itinérance, la violence structurelle : tout cela n’est jamais lourdement énoncé, mais habite chaque seconde du film. Il faut voir Angie parler de Venus, assassinée. Il faut écouter Dorian évoquer la dureté du monde au-dehors. Le documentaire, sans jamais verser dans le misérabilisme, rend palpables ces tragédies.

La plus grande force du film est peut-être là : il refuse d’expliquer ou de simplifier. Il filme avec respect, avec une acuité rare. Livingston, bien que hors champ, est partout. Son regard n’est pas anthropologique, il est complice, attentif, humble. Ce choix du cinéma vérité, souvent critiqué, permet ici un miracle d’équilibre : nous ne regardons pas des sujets, nous rencontrons des personnes. Le montage de Jonathan Oppenheim, tiré de 75 heures de pellicule 16mm, est d’une fluidité et d’une humanité bouleversantes.

L’héritage du film, quant à lui, est incommensurable. Il a influencé la culture populaire, la télévision (de Pose à RuPaul’s Drag Race), la pensée académique (Butler, hooks, Harper), et plus profondément encore, l’imaginaire queer mondial. Sa restauration par Criterion, son entrée au Registre national du film, les hommages innombrables qu’il a reçus — tout cela n’est pas que reconnaissance. C’est la preuve que le feu qu’il a allumé continue de brûler.

Certains ont reproché à Paris Is burning d’être une œuvre de regard extérieur. Mais cela revient à confondre invisibilité et neutralité. Livingston ne s’efface pas : elle laisse la parole. Elle écoute. Et elle enregistre, sans détour, la poésie, la rage, la drôlerie, la lucidité éclatante de ses protagonistes.

Dans une époque obsédée par l’image, Paris Is burning est une leçon sur la puissance de l’apparence — non comme mensonge, mais comme vérité choisie. Une femme trans pauvre qui marche “executive realness”, c’est le monde qu’elle convoque, et celui qui lui est refusé. Une “maison” dans le ballroom est à la fois refuge et manifeste. Ce ne sont pas des métaphores : ce sont des vies.

Paris Is burning n'est pas un documentaire. C’est un mémorial vivant, une archive de voix qui auraient pu être effacées, un monument mouvant de tendresse et de rage. Il est, tout simplement, essentiel. Pas pour ce qu’il raconte, mais pour la manière dont il nous oblige à écouter. Pas pour ce qu’il montre, mais pour ce qu’il rend inoubliable.

Un film qui ne se contente pas d’exister dans l’histoire : il l’écrit.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 8 octobre 2020
Très bon film sur la ball-room new-yorkaise. Toute une culture qui mêle la danse, le défilée et l’amour.
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