Pour leur premier western après avoir longtemps flirté avec le genre, les frères Cohen ont choisis de faire le remake d’un western sans grand intérêt, 100 $ pour un sherif. Pourquoi celui-là? Le premier plan du film apporte un élément de réponse: il s’agit d’un travelling avant dans la nuit enneigé vers une fenêtre qui prend les airs d’un écran de cinéma projetant un vieux film. Peu importe la qualité du western d’origine, les Cohen veulent faire un hommage au genre tout entier. Déjà, les lueurs de la maison qui se diffusent par la fenêtre accueillent le spectateur et le réchauffent. La clarté se fait progressivement comme si le public se préparait à entrer dans un monde nouveau.
C’est d’ailleurs là que le choix d’un remake du film d’Hattaway s’impose: il conte une découverte du far-west, celle de Mattie Ross, venue venger son père tué selon le schéma classique du genre. Ce qui est plus original, c’est que par sa présence, le film prend régulièrement la forme d’un film d’aventure pour enfants. En effet, Mattie n’a que 14 ans et que de vagues connaissances de la vie au far-west quand elle se lance dans cette traque. La découverte renforce le spectacle. la lumière brille, la musique claironne et son cheval héni comme Pégase. Malheureusement, le son est le seul élément du film qui me permit une totale immersion dans cette atmosphère tant les décors, les lumières semblent faux, trop lisse. Puis, l’aventure commence et la petite est secouée: elle pleure, rit, sursaute, le tout dans un rythme parfait. Le western, c’est du spectacle et les Cohen, loin de l’oublier, l’adapte aux nouveaux effets hoolywoodien. Pour le spectateur, les actions les plus banals du western deviennent des épopées comme aux yeux de Mattie Ross qui découvre par exemple que la traversée d’une rivière en cheval est en fait un terrible obstacle. Cette surenchère du spectacle est un peu trop poussé mais elle donne quelques scènes magnifiques comme la course du cheval qui en meurt d’épuisement ou la fantastique scène de la grotte. Ce n’est dans la scène d’avant qu’un trou auquel la petite ne prête pas attention mais, une fois qu’elle tombe dedans, le point de vue rend la scène terrifiante. L’accessoire récurent du squelette prend ici toute son ampleur quand un serpent venimeux en sort, danger de mort caché dans un symbole de mort.
Jamais, même si c’est Sergio Léone qui a ouvert cette voie, il n’y avait eu un tel rapport à la mort dans un western. Dès le début, la fille doit dormir chez un croque-mort et assiste à une pendaison pleine d’humour noir, autre point commun du film avec l’univers de Léone malgré le grand côté épique du film des Cohen.
Jeff Bridges reprend le rôle de John Wayne, étrange choix peut-être mais réussi. Son personnage, Cogburn, représente le genre entier du western. Tour à tour minable puis flamboyant, il vit dans le défi, risque sa vie et repousse ses limites physiques pour ranimer son image. Plus vieux encore, il montera des spectacles sur la légende dans un dernier effort plein de mélancolie avant de se laisser terrasser par le temps. Le film se détache un peu du genre, le considérant comme mort. Mais ce cynisme qui fait la grande qualité du dernier Cohen (a serious man) tombe à plat dans l’exercice romantique qu’est l’hommage.