Après le formidable "Fighter", David O. Russell est redevenu un réalisateur qui compte à Hollywood. Il transforme largement l’essai avec son "Hapiness Therapy" qui brille tant par l’originalité de son propos que par la fraîcheur de sa mise en scène, le tout transcendé par une fantastique interprétation. Et pourtant, le pari était loin d’être gagné puisque Russell s’intéresse ici à la réinsertion d’un paumé souffrant de troubles bipolaires aigus sortant à peine de l’hôpital. Ce personnage (joué par un Bradley Cooper extraordinaire d’intensité et de charme naturel) n’est pas un modèle de sympathie et surprend le spectateur par ses obsessions (voir ses complexes d’ancien gros ou ses nuits qui ne sont pas de tout repos, surtout pour ses parents) et par sa violence. Le réalisateur refuse, donc, de faire de son héros un gentil garçon incompris et le présente sous son jour le moins reluisant… ce qui le crédibilise considérablement. En face de lui, le réalisateur a fait appel à la star montante du moment, Jennifer Lawrence, qui n’en finit plus de nous épater. L’actrice montre, une fois encore, rayonnante et rappelle qu’elle est loin d’être une vulgaire starlette appelée à être oubliée lorsque la saga "Hunger Games" s’achèvera. Il fallait une sacré dose de talent pour rendre aussi attachante son personnage de nymphomane compulsive. Tout comme son partenaire, elle évite le piège de la caricature en privant son jeu de toute sensualité afin de faire des pulsions sexuelles de son personnage une véritable malédiction. L’alchimie entre les deux acteurs est une vraie merveille, au point qu’on espère les revoir bientôt réunis. Le reste du casting réserve quelques bonnes surprises dont Robert De Niro en père secoué, Jacki Weaver en mère attentionnée ou encore le revenant Chris Tucker qui a mis ses mimiques habituelles de côté. David O. Russell a, en outre, su servir ses acteurs avec des dialogues formidablement ciselés et une mise en scène qui déborde d’énergie… au moins dans sa première partie. Car, et c’est sans doute son principal défaut, "Hapiness Therapy" marque le pas dans sa seconde moitié, tant sur le plan du rythme (moins soutenue) que de l’intrigue (plus convenue). Russell sombre, alors, un peu trop dans la guimauve de romcom où les deux héros vont forcément finir ensemble et où les conflits familiaux vont soudainement se régler… ce qui empêche le film d’égaler "Fighter", qui, malgré une dynamique semblable, avait su garder suffisamment de recul pour ne pas faire dans le cliché. Ce petit défaut n’empêche pas "Happiness Therapy" d’être une cure de bonheur, ce qui est des plus invraisemblables avec un sujet aussi dramatique et des personnages aussi isolés par leur maladie. David O. Russell prouve définitivement qu’il est l’un des réalisateurs à suivre.