Un mur d'eau monstrueux, à la puissance phénoménale. L'océan impitoyable qui avance dans les terres avec une rage assourdissante, engloutissant indifféremment tout ce qui vit. Etres humains, animaux, objets, tout est projeté, écrasé, broyé en un effrayant magma mouvant à l'appétit d'ogre, qui gonfle, gonfle, avalant tout sur son passage. Annoncée par une feuille de papier qui se détache d'un roman, s'envole et se plaque contre une vitre, la scène dure plus de 10 minutes, saisissante de réalisme. En caméra subaquatique ou au ras de l'eau, Juan Antonio Bayona individualise le drame collectif en s'attachant au destin d'une famille américaine, un couple et leurs 3 garçons, pris dans le tsunami du 26 décembre 2004 alors qu'ils passaient leurs vacances en Thaïlande, et plus particulièrement à Maria et Lucas, filmant en plan rapproché les efforts inouïs déployés par la mère et son fils pour survivre, ensemble, à cette apocalypse. Au reflux de la vague, le paysage est méconnaissable, uniformément dévasté. Tout repère a disparu sous l'amoncellement des débris. Mus par l'énergie du désespoir, ceux qui vivent encore se débattront au milieu du chaos, pour tenir bon et retrouver leurs proches. Les acteurs sont tous très bons et parviennent à susciter l'émotion. Il y a bien sûr Naomi Watts, remarquable de justesse entre force et fragilité, et Ewan McGregor, mais citons aussi le jeune Tom Holland dont la prestation dénote un vrai talent. Malgré le défaut d'un happy end un peu trop programmé, "The Impossible" relève avec brio le défi de son sujet, plongeant le spectateur au cœur d'une catastrophe naturelle parmi les plus meurtrières de l'histoire récente. Des bons sentiments à la tonne, difficile de garder les yeux secs.