Les petites perles au fond de l'eau
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Arthur Debussy
Arthur Debussy

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3,5
Publiée le 19 juillet 2025
Je ne m'attendais pas à ça... Un film à sketchs complètement barge et inclassable, adapté du recueil de nouvelles éponymes de Bohumil Hrabal. Comme tout film à sketches, ceux-ci sont assez inégaux, mais tous sont unis par une certaine bizarrerie.

On commence doucement par La Mort de Monsieur Baltazar, de Jirí Menzel. Comme beaucoup des films de Menzel, l'atmosphère est détendue, amusante, un peu loufoque, mais rien d'extravagant. Il s'agit de plusieurs personnages qui devisent lors d'une course de motos, qui voit affluer un public massif, en quête de sensations. La mise en scène est correcte mais pas incroyable, on a l'impression que Menzel ne se foule pas trop.

Puis vient Les Imposteurs, de Jan Němec. Un film de facture classique pour ce cinéaste réputé iconoclaste et féru d'expérimentations. Seule bizarrerie majeure, les acteurs, vraiment très vieux et qui semblent très malades (surtout l'un des deux acteurs principaux), ce qui rend assez vite mal à l'aise...

La Maison de la Joie d'Evald Schorm est de loin le plus fou et le plus original. Un duo de bureaucrates veulent faire signer un contrat d'assurance vie à un monsieur à la campagne, qui est à la fois tanneur et artiste-peintre (sic). Il vit, déjà bien âgé, avec sa vieille mère, et il peint sous sa direction dans un style d'art brut, au milieu d'animaux vivants (beaucoup de lapins) et d'autres morts, dont il ne reste que la peau... Le tout avec une musique d'orgue parfois brève et assourdissante, dans une atmosphère de folie campagnarde et gothique vraiment très particulière.

Le film qui suit, Bistrot "Le Monde", est signé Věra Chytilová, et c'est clairement l'un des meilleurs, avec celui qui précède et celui qui suit, de Jaromil Jireš. Le segment de Věra Chytilová est tourné comme un film noir américain, dans l'ambiance nocturne d'un bistrot où se passe en même temps un suicide et un mariage du tonnerre (bonjour l'ambiance :-)). Visuellement, c'est le plus beau des sketchs avec celui de Jireš. Les prises de vue de Chytilová sont élégantes, soigneusement cadrées et éclairées. La fin est assez bizarre... mais bon, comme tout le long métrage. Et comme dans tout le long métrage, l'humour est très présent, mais un humour très ironique.

Romance, de Jaromil Jireš, clôt le long métrage. C'est le segment qui fait le plus penser, instantanément, à la Nouvelle Vague française, avec ces références au cinéma (notamment Fanfan la Tulipe de Christian-Jacque, avec Gérard Philippe bien mis en avant), tout en faisant le portrait d'un couple de jeunes amoureux tout juste sortis de l'adolescence. Détail qui n'en est pas un : l'amoureuse est tzigane, elle fait pénétrer son jeune amant tchèque dans un monde qui lui est étranger... le tout dans une atmosphère lascive, nonchalante... et avec pas mal d'humour, une fois de plus ! Avec le segment de Věra Chytilová, c'est le sketch le plus soigné et le plus beau formellement parlant.

Au total, j'ai été un peu déçu car j'avais beaucoup entendu parler de ce long métrage fondateur pour la Nouvelle Vague tchécoslovaque, et on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un chef-d’œuvre éblouissant. En revanche, c'est un beau morceau d'irrévérence, d'audace, de non conformisme, et on sent qu'il a vraiment infusé ce mouvement cinématographique avec son côté foncièrement original et frondeur. A ce titre, oui, il mérite encore aujourd'hui d'être (re)découvert, pour mieux comprendre comment s'est construit ce mouvement artistique si brillant.
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