Sátántangó (Le Tango de Satan) - Partie 1
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Noistillon
Noistillon

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4,5
Publiée le 10 juin 2012
"Irimias ! Et je marchais, je marchais, je marchais ..." (x25)

À priori, la longueur du film a de quoi effrayer. Plus de 420 minutes de cinéma à peine entrecoupées par des entractes à chaque changement de DVD.

Pourtant, malgré la lenteur du rythme, et la durée ahurissante, impossible de sombrer dans l'ennui.

En effet, Satantango se révèle rapidement l'une des ?uvres les plus importantes de l'histoire du cinéma, car Béla Tarr élabore une analyse humaine, implacable, vraie et juste

Expérience éminemment contemplative, fresque humaine colossale, Satantango ne saurait être réduit à une métaphore de la chute du communisme.

Non pas parce que le film ne remplit pas un devoir de mémoire essentiel mais bien parce qu'il peut être vécu de manière plus globale.

La contemplation (ces longs plans-séquences desquels Tarr tire une poésie presque bergmanienne) ne s'inscrit pas dans une quelconque vacuité mais bien dans la logique symbolique de la démonstration, d'un propos qui, au lieu de verser dans la boursouflure sentimentale, étaye sa portée par le recours à l'imaginaire.

La lenteur permet de figer les images, de manière à montrer le caractère routinier et désespéré de la vie paysanne.

Film résolument fin de siècle, Satantango fait l'apologie d'un monde qui a perdu son innocence, non pas car sa composition en a été altérée mais parce que le traumatisme qui a découlé d'un bilan historique lourd (ici, cinquante années de communisme) a empli les coeurs de haine et de répulsion.

Témoin de l'égarement des âmes : la médisance, devenue omniprésente au sein de ce village hongrois.
Un paroxysme est atteint dans l'écoeurement avec la mort graduelle de l'enfant Eskite.
Graduelle car la séquence du chat, magnifique dans son horreur, symbolise déjà la disparition de la candeur (le parallèle avec les génocides arménien et juif est assez patent).
L'ennui et le désespoir règnent. Les villageois sont réduits à un plaisir illusoire, sanctifiée par l'alcool : cette scène de danse, une des plus belles du cinéma, au cours de laquelle la tendance est à l'optimisme est brillamment contrebalancée par le son de l'horloge qui rappelle que "le temps détruit tout".

Au fond de l'abîme se manifeste encore une lueur d'espoir, encouragée dans des optiques ambiguës par l'intrigant Irimias, sorte de prophète méphistophélique, sur lequel Tarr entretient le mystère jusqu'au dénouement.

Que reste-t-il ? Rien, au fond. Béla Tarr est un cinéaste flaubertien qui voit l'Histoire sur le mode de la décadence et de la régression.



Chef d'oeuvre d'un probable génie.
Trelkovsky
Trelkovsky

85 abonnés 264 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 juillet 2011
C'est surpuissant. Sans doute l'un des seuls films à avoir été aussi loin dans une représentation aussi sombre et aussi froide de l'humanité … c'est bien simple, on n'a peut être bien jamais vu ça ailleurs. Cette humanité, c'est une poignée d'individus perdue et décadente ; des querelleurs, des ivrognes, des cupides, des débauchés ... qui attendent oisivement quelque chose. La possibilité de se repentir, le Jugement Dernier … un guide. Un guide qui parviendrait à guider ce troupeau errant sempiternellement dans la boue (le premier plan séquence, qui annonce tout de suite la couleur, est à cet égard-là terrifiant). Sauf que ce guide sera lui aussi un être humain.
A la fois un portrait d'une Hongrie dévastée sous l'effondrement du communisme et fable biblique intemporelle sur la nature humaine (et sans doute bien plus que ça, mais il est impensable qu'une seule vision du film suffise à en percevoir toute la richesse), Satantango est un chef-d'œuvre absolu. Non seulement le récit est d'une profondeur abyssale, mais la réalisation est d'une grandeur sans égale ; direction d'acteurs millimétrée, décors filmés d'une telle manière qu'ils confinent à l'abstraction, plans-séquences tous plus ambitieux et significatifs les uns que les autres … immersive et contemplative, elle se rapporte finalement peut être bien à un but bien simple ; nous permettre de scruter, sans doute comme il le faut pour apprécier l'œuvre à sa juste valeur, les espoirs, les désillusions et les vices de ces personnages qui, au fond, nous ressemblent … après, libre à chacun de se sentir concerné ou de fermer les yeux.
gimliamideselfes

3 449 abonnés 4 018 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 5 novembre 2009
Grand et long film, si j'ai sans aucune doute préféré le film suivant de Tarr (les harmonies de Werckmeister), les 7 heures du tango de satan passent comme un rien… Je dois avouer que je nai rien compris, que j'aurai pu désactiver les sous titres ça aurait été pareil… je regardais plus l'écran tel un spectateur passif. Certains plans sont magnifiques, dont le premier plan, magistral… Il y a quelques autres plans séquences qui sont justes magiques, dont un lent travelling suivant une route qui aurait pu durer tout le film tant il est beau. Je m'en veux de n'avoir pas suivit l'histoire pour me concentrer que sur la forme du film, du coup je ne sais pas trop quoi dire. Mais j'avais fait pareil avec les harmonies de Werckmeister, je m'étais laissé porté par le rythme de l'image. Même si je ne dois pas cacher une certaine décption, je m'attendais à voir mon prochain film préféré, mais ça n'est absolument pas le cas. Si le film est très beau par moment, j'ai trouvé quelques petits défauts, quelques plans qui auraient pu durer plus longtemps, d'autres un peu moins (nottament un zoom très lent au début qui au final n'aboutit pas complètement)… ça reste un très grand film, même si je reste sur ma faim… Sans doute car je n'ai pas "compris le film", il ne fait aucun doute que je vais essayer de lire le livre.
Anaxagore
Anaxagore

150 abonnés 135 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 octobre 2008
C'est à reculons, et presque avec crainte, que je me risque à écrire quelques mots à propos de ce pur chef-d'oeuvre, unique dans toute l'histoire du cinéma mondial! Comme «Damnation», «Satantango» (1994) dépeint l'humanité sous les traits de pantins désarticulés, le nez plongé dans leur fange et les pieds embourbés dans leur vilenie, la Hongrie communiste (premier degré de lecture) faisant fonction de métaphore. Mais, à la différence du premier film qui, nouvelle figuration de l'enfer de Dante, aurait pu porter, en guise de préface, les mots célèbres du Toscan: «Vous qui entrez, laissez toute espérance!», «Satantango» suggère au contraire la Rédemption offerte à l'homme, même si celui-ci se montre peu enclin à l'accepter. Durant les sept heures que dure le film, de mystérieuses sonneries de cloches s'invitent comme pour annoncer et proposer le salut (cfr l'extraordinaire séquence de sonnerie finale), tandis que la plupart se montrent davantage intéressés par les sirènes funestes des faux prophètes (Irimias et Petrinia) ou alors se retranchent définitivement dans leur essentielle solitude (le docteur). Je certifie que ce film, réputé très long, ne génère pas une seule seconde d'ennui! La grammaire cinématographique de Tarr, incomparable, aboutit à habiter le temps, à le densifier, à le rythmer comme nulle autre ne fut jamais capable de le faire. Que dire de ces somptueux plans-séquences qui vous font vivre et ressentir de l'intérieur les tourments, les désespoirs mais aussi l'espérance des personnages? Qu'écrire de ces images, jouant avec une virtuosité confondante de toutes les ressources du noir et blanc, et qui sont d'une beauté à faire pleurer? Comment décrire le bonheur suscité par cette recomposition du temps qui donne aux événements toute leur gravité? Le plus grand film des années 90 et l'un des plus grands films de l'histoire.
stebbins

569 abonnés 1 747 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 novembre 2007
Quel voyage ! Satantango fait partie des films dont on ne ressort pas complètement indemne. D'une durée éprouvante - mais nécessaire - de plus de sept heures, il est à la fois déprimant et magnifique. Bela Tarr filme, comme à son habitude, le rythme de la vie qui passe, aussi terrible soit-il. Un médecin alcoolique, une petite fille cruelle, un chat martyrisé, deux hommes ressuscités d'entre les morts, un troupeau de vache abandonné...Le terrain est lourd, très lourd, et pourtant fascinant ( il est incroyable de voir à quel point le film passe vite ). Certaines séquences provoquent une sensation dépressive qui confine à l'horreur, impression due à une bande-son dont la monotonie n'a d'égale que la pureté ( je pense aux scènes dans lesquelles le médecin reste enfermé chez lui, le nez dans sa gnôle, bercé par le bruit d'une pluie incessante, envahissante, marmonnant quelques ronflements ). Bela Tarr ose et propose le principe du temps recomposé : ainsi, certaines séquences sont vues sous différents points de vue ( celle de la soirée dans le bar en est un bel exemple, séquence accompagnée de surcroît par la somptueuse musique de Mihaly Vig ). Satantango reste à ce jour l'un des films les plus imposants de l'Histoire du Cinéma, un film bouleversant de par son réalisme rythmique, effrayant dans sa description de l'âme humaine. Un chef d'oeuvre.
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