16 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
3 critiques spectateurs
5
0 critique
4
1 critique
3
2 critiques
2
0 critique
1
0 critique
0
0 critique
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
inspecteur morvandieu
91 abonnés
4 229 critiques
Suivre son activité
3,5
Publiée le 21 mai 2025
Le royaume ruiné de Casinario compte sur l'expatrié milliardaire Banco pour se renflouer. Toute allusion au jeu et à une principauté sise sur la Côte d'Azur n'est pas fortuite. René Clair tourne une comédie du pouvoir, qu'il déroule entièrement dans le palais royal de Casinario. Sur un mode satirique, son scénario s'amuse des régimes politiques quels qu'ils soient. Tous les personnels politiques sont tournés en dérision ; tandis que le peuple est passif et versatile. René Clair égratigne le parlementarisme façon Troisième République, ironise à propos des monarchies d'opérettes et, dans une partie inattendue, ridiculise la tyrannie. C'est d'ailleurs le seul moment où Clair donne ouvertement dans la farce (cruelle). Car le malicieux cinéaste est constamment dans la subtilité et la modération, parfois dans l'effet comique différé, suivant la fantaisie qu'on lui connait. Cette retenue, là où on pourrait voir éventuellement un manque d'éclat et de rigolade, se retrouve dans la réalisation et le montage, qui adoptent un tempo éloigné du vaudeville ordinaire des années 30. De telle façon que Clair favorise et pose avec précision son sujet et ses personnages. Le palais en carton-pâte est déterminant, dépouillé plutôt que baroque ; ce sont les personnages qui sont mis en relief et les accessoires décoratifs y sont rares.
Un comique souvent désuet (c ‘est le genre qui vieillit le plus) mais aussi des gags très modernes. La poésie est aussi là, jouant sur l’irréel de la fiction, qui confine au merveilleux (ce en quoi ça rejoint le meilleur cinéma français des années 30-40). La satire, inspiré de la crise économique des années 30, est d’une actualité étonnante, avec son histoire d’état casino en faillite, de dictature ploutocratique., d’institutions vénérables prêtes à s’humilier devant la finance. Pour toutes ces raisons, ça reste, malgré des longueurs, très regardable.
Ce film méconnu peut-être considéré comme un «Soupe au canard» français, la frénésie des Marx Brothers en moins. Ce qui n'empêche pas ce film d'être sous une apparence enfantine une critique fraîche et légère du totalitarisme sur un fond qui rappelle fortement le Krach de 1929. Les hommes politiques sont représentés au pire comme des fantoches au mieux comme des abrutis et les gens du peuple comme très facilement manipulables mais en ayant des raisons de l'être. En ressort, un côté grotesque pleinement assumé qui au lieu de desservir l'ensemble le sert au contraire en particulier au niveau de l'humour. Servie par une distribution en très grande forme, un scénario parfois assez imprévisible et une réalisation assez efficace, cette oeuvre, comme une très grande partie de celles de la filmographie de René Clair dont on n'a aucun mal à reconnaître son style, se laisse voir avec énormément de plaisir.