Vision plutôt cynique du monde du théâtre, de ses faux-semblants et du cruel destin des comédiennes, Eve bénéficie du remarquable tour de main de Mankiewicz pour découper au scalpel les moindres aspects de son sujet. Le titre original en dit long sur la mécanique du film: le personnage d'Eve est analysé sous tous les angles, à travers tous les regards, se dévoilant peu à peu avec une précision de chirurgien. L'ensemble du casting se régale de bons mots et répliques cinglantes, et si la mise en scène est un peu datée elle est néanmoins très habile et ne souffre aucune faute de rythme. De Bette Davis à Anne Baxter, les actrices sont à l'honneur et tirent leur épingle du jeu. Un regard incisif et une réflexion encore très d'actualité sur le fonctionnement du star-system et les ambitions dévorantes qu'il suscite.
Un phénomène théâtrale, une désillusion du rêve du spectacle d'étoiles, sans la moindre séquence sur scène comme si la réalité en elle-même était la véritable mascarade, voilà telle que Joseph L. Mankiewicz créa son film le plus impitoyable mais surtout le plus expressif. On se prend volontiers à la naïveté à laquelle il nous invite à le rejoindre dans l'innocence apparente d'Eve Harrington, le talent de manipulation dont il fait preuve à travers elle est telle que l'on ne fasse plus la distinction entre la scène et la vie atypique des personnalités du théâtre, on ignore quelle est la vérité et quel est le mensonge, quel est le naturel en constatant avec quelle aisance il peut être travesti. L'arrivisme donne une dimension complètement différente au film lorsqu'il prend véritablement place, quand les masques tombent. La fin est sans nul doute la réponse la plus clairvoyante sur ce monde de faux-semblants aux soucis humains. Mankiewicz a réalisé un monument, tout ce qui selon beaucoup représente la dramaturgie, à la fois mensonge et travail de talent.
Découvrir le plus film le plus réputé de Mankiewicz laisse augurer de jouir d’un spectacle d’exception. J’en ressors ayant passé certes un bon moment, mais conserve quand même quelques réserves. Le thème de la gloire conquise à coup de fourberies et de tromperies a été utilisé jusqu’à la corde par nombre de metteurs en scène. Les dialogues sont certes bien travaillés, mais on bavarde un peu trop chez Eve. En revanche, l’affrontement entre la diva sur le déclin et l’ascension irrésistible de la starlette prête à tout pour lui voler sa place bénéficie d’un duel féminin incarné avec brio par Anne Baxter et Bette Davis. Et l’accélération finale s’appuie sur des renversements de situation astucieux. Le tout manque cependant d’émotion, le spectateur ne se sentant pas obligatoirement en empathie avec les protagonistes de l’intrigue, sorte de marionnettes imbues d’elle-même, dont on connait que trop les abus dans le show business. TV1 - décembre 2017
All About Eve est probablement l’un des meilleurs films de l’âge d’or du cinéma américain, car il a tout les éléments pour plaire au spectateur de l’époque comme celui d’aujourd’hui. La prestigieuse distribution y joue beaucoup, mais c’est particulièrement la prestation phénoménale de Bette Davis qui marquera les esprits, folle de jalousie contre Eve, jeune femme s’impliquant dans sa vie, jusqu’a y prendre sa place (Anne Baxter est également radieuse). La mise en scène est incroyable, et les dialogues cultes « Fasten your seatbealts, it’s going to be a bumpy night ». Un classique du cinéma sur le monde du théâtre (en donc, dans un sens, du cinéma).
Pourquoi les spectateurs comme nous se contentent-ils d’un beau scénario bien ficelé, d’une suite logique d’événements qui s’enchaînent sans trop d’invraisemblance ? Pourquoi n'aiment-il rien tant qu'une belle histoire émaillée de rebondissements jusqu'à une chute si possible peu attendue ? Comment donc ces spectateurs-là, que les spécialistes ne peuvent considérer comme des cinéphiles, partagent-il leur enthousiasme à la fin d’un film ? Généralement ils le racontent en commençant par : « C’est l’histoire de… », l’équivalent moderne et anglais de « Once upon a time… ». « Eve », c’est l’histoire banale d’Eve. C’est tout ? En fait, pas tout à fait, voire pas du tout. Car c’est l’histoire d’une star prototype, née moins à Hollywood [cette apparition presque drôle en contexte de la frimousse de Marilyn qui signera un beau contrat avec la 20th Century Fox quelques mois plus tard !] qu'à Broadway, une star qui se renouvelle comme le phœnix et se remplace comme les autres au gré des caprices du temps et des amours feintes, des roueries de critiques, des combines, des tricheries, des manipulations perverses. Au pays des illusions, « Eve » est une des meilleures illustrations de la différence entre la réalité, la vérité, l’illusion et le mensonge, peut-être aussi entre le mérite et la récompense... Toutes ces entités contribuent, à leur façon, à fabriquer de la gloire, indépendamment du travail et du génie. Et à la perdre... Et le décor, et la lumière, et la musique, et la mise en scène et… ET ? Nous, les amateurs de cinéma, nous ne vous concéderons qu'un nom, le nom d’une actrice née dans le Massachusetts, un État qui fut l’un des seuls à interdire les représentations théâtrales au siècle précédent : BETTE DAVIS !!! Et c’est ainsi qu’Eve [prononcez Yves], qui n’est pas Bette Davis mais qui l'a été [sic !] éclipse un peu Margo, qui ne l'est plus que pour un temps… Vous ne comprenez pas tout ? Regardez le film, lisez la légende de la « reine d'Hollywood » et écoutez bien les paroles de « Bette Davis eyes » de Kim Carnes. « Vous ne parlez pas d'Anne Baxter », protestez-vous. Oui, bien sûr, il y a aussi Anne Baxter qui tient le rôle titre, ce qui n'est pas rien. Non, ce n'est pas rien mais il y a Bette Davis...
Un film fabuleusement dialogué où Mankiewicz raconte l'ascension d'une comédienne arriviste dans le milieu du théâtre new-yorkais. Empruntant un procédé littéraire, il a recours à une narration alternée avec quatre narrateurs différents, qui jettent chacun une lumière crue sur les quatre personnages principaux du film, Margo (formidable Bette Davis dans le rôle d'une comédienne craignant les atteintes de l'âge), la Eve du titre, DeWitt (un génial George Sanders dans un de ces rôles de dandy cynique qu'il affectionnait) et la candide Karen. Voir ma critique complète sur mon blog : newstrum.wordpress.com
On peut vraiment parler de chef d'œuvre. Que ce soit la mise en scène, les actrices sublimes et l'histoire d'une précision d'orfèvre. Contrairement à ce qu'y est écrit çà et là, le réalisateur ne juge rien, ne décoince rien, il montre. Un film n'est ni un réquisitoire, ni un plaidoyer, c'est juste une histoire et celle-ci est d'une richesse et d'une beauté rare.
Ce film est un pur chef d'oeuvre !!! Les actrices sont sublimes et époustouflantes, les dialogues incisifs et parfaits, le scénario machiavélique et intrigant monte en intensité et vous laisse finalement sans voix...A croire que le monde n'a pas tant changé que ça !!! Un vrai bijou du 7ème art !!!
La même année que le "Sunset Boulevard" de Wilder, Mankiewicz s'évertuait aussi à égratigner le milieu du spectacle. Avec "All about Eve" le cinéaste, via le retour sur l'ascension d'une jeune star, dépeint un monde dans lequel tout se confond : réalité et fiction, amour et haine, adoration et trahison.
C'est donc avec un cynisme absolue que nous suivons ces personnages se manipuler pendant un peu plus de deux heures. Deux heures passionnantes, durant lesquels la minutie de Mankiewicz et l'intelligence de son procédé narratif nous fait constamment changer de point de vue sur les personnages, ainsi que les situations générales du long-métrage.
Par le génie de ses dialogues, à la fois hilarants et tragiques, et de ceux qui les énoncent, "All about Eve" captive car tout s'inverse continuellement, à l'image de l'introduction où les regards des personnages semblent indiqués une grande jalousie, jalousie qui se transformera enfaite en mépris lorsque cette même scène reprendra à la fin du film.
Cette oeuvre riche, qui traite aussi bien du monde du spectacle, milieu totalement cannibale où rien ni personne n'est éternel, que de la peur de vieillir de Margo Channing (stupéfiante Bette Davis). Le long-métrage changera ainsi régulièrement d'échelle, voguant entre la critique cynique d'un système et l'intime d'un drame humain, sans jamais se complaire dans la décadence des ses protagonistes.
Et c'est en cela, je pense, que Mankiewicz démontre toute son intelligence, car à l'inverse d'un Iñárritu avec "Birdman", le cinéaste ne juge jamais ses personnages, posant plutôt un regard compatissant sur ces êtres perdus qui cherchent désespérément à retrouver un peu de vrai dans une vie tournant exclusivement autour du faux. Du très grand cinéma.
Eve de Joseph L. Mankiewicz fait partie des classiques hollywoodiens. Ce long métrage récompensé par six Oscars bénéficie d'un scénario solide et rigoureux et de dialogues incisifs. Il est animé par un casting de qualité en tête duquel trône Bette Davis, auteure d'une interprétation impressionnante. Côté masculin, la performance de Hugh Marlowe est également remarquable. Par contre, Eve souffre d'un sujet - le théâtre - que Joseph L. Mankiewicz ne montre guère et que les protagonistes ne pratiquent pas. En positionnant son intrigue dans de multiples salons feutrés, Joseph L. Mankiewicz a opté pour une mise en scène redondante et éloignée des scènes de théâtre. Nous pouvons légitimement nous interroger sur ce choix qui paraît trop souvent inapproprié. Enfin, le finale autour du personnage de Phoebe ne convainc pas car il n'apporte rien si ce n'est appuyer un message pourtant limpide.
"J’ai entendu le public applaudir, c’est comme des vagues d’amour qui viennent vous envelopper. Savoir que chaque soir des gens vous admirent et vous aiment. Ils vous adoptent, ils vous veulent!!! ». Eve dit ces phrases comme si elle parlait d’un amant qui la courtise… Mankiewicz décrypte pour nous sous couvert d’une fiction très élégante les arcanes du théâtre. Il désirait surtout montrer que la vérité d’un succès était toujours tâchée de manœuvres plus ou moins avouables. Evidemment il fait ça avec grande classe et maestria. Cependant, j’ai l’impression de revoir la « comtesse » et ce côté cynique me plaît moins que le côté dramatique de certains autres films. C'est bien sûr l'occasion de longues réflexions sur le métier d'acteur et je retiens une phrase excellente sur leur ego: "il est temps que le piano apprenne qu'il n'a pas écrit le concerto"......
De tous les Mankiewicz que j'ai vus (bon j'en ai vu que 3), Eve est sans doute celui que j'ai le moins aimé. Vu ma note, ça pose le bonhomme. Parce que cet Eve s'en tire avec les honneurs : acteurs impressionnants (surtout Bette Davis), réalisation maitrisée, scénario très bien écrit, propos cynique mais réaliste et personnages ambiguës feront le sel de ce métrage fonctionnant quasiment uniquement sur les dialogues, l'étude de ses personnages et du monde du théâtre. Alors peut-être le film est-il un peu long, pas ennuyeux, mais un peu long, mais il reste toutefois très bon.
"Eve" surprend par l'audace de son scénario, par son personnage titre atypique, par son cynisme ambiant, et séduit par la force de l'interprétation de Bette Davis, encore une fois éblouissante. Cette œuvre majeure de Mankiewic connait toutefois quelques longueurs qui ne m'ont pas permis de rentrer totalement dans le film.
Ce film n'est qu'ennui, du début à la fin. Tout est filmé de façon banale. Je n'ai rien vu qui ne sorte de l'ordinaire, y compris dans le jeu des acteurs, l'histoire et les dialogues. Pour moi, un film quelconque, autant que son scénario. Je ne comprends pas sa note. Un vieux film qui me semble aujourd'hui sans intérêt aucun.
Personne n'aura jamais su aussi bien retranscrire l'ambition de réussite dans le monde théâtral que Joseph L. Mankiewicz. Toute l'originalité de son film repose sur cette ambigüité constante, ces faux-semblants autour du personnage d'Eve et la méthode du flash-back est ici superbement utilisée puisqu'il constitue à peu près tout le film.
Eve est ambitieuse, manipulatrice. Elle se rapproche du personnage de Bel Ami, personnage sans scrupules qui utilisait les femmes au profit de sa carrière. Eve (Anne Baxter), quant à elle, trompe tout le monde avec sa fausse modestie même le spectateur qui au début la soutient et la trouve parfaite. Peut être trop parfaite pour vraiment être sincère. Seul Margo (Bette Davis, absolument épatante) voit sa vraie personnalité, c'est-à-dire une jeune "gosse" qui veut la remplacer. Ce n'est que dans la deuxième partie du film que ceux qui ont côtoyer Eve découvrent son côté arriviste et carriériste: on découvre alors qu'elle a menti sur son identité, sur ses véritables intentions, sur son caractère et sur toute son histoire.
Comme vous l'aurez sans doute deviner, EVE est une magnifique mise en abyme du théâtre (tel Birdman arborant le travail de création de l'acteur). Mankiewicz use de dialogues ciselés, profondément riches et développe habilement ses personnages plutôt sophistiqués. Outre le trio féminin, un rôle masculin attire particulièrement notre attention: c'est celui de Addison De Witt, le critique. Il voit ce que les autres ne voit pas, met à nu la dure réalité de ce monde sans scrupules et par la même occasion y trouve un certain avantage: c'est lui qui découvre l'identité de Eve et la fait même chanter. Le rôle de Marylin Monroe est également intéressant: celle-ci représente l'arrivisme par la beauté, elle-même sex symbol de son temps et encore aujourd'hui. Encore d'actualité de nos jours, c'est un grand film par son sujet atemporel.
Le final est significatif et cynique, accentué par cette musique qui monte crescendo: une autre arriviste du nom de Phoebe pointe le bout de son nez et son regard exprime une détermination sans nom, le tout en reprenant le caractère qu'adoptait Eve avec Margo (cf scène de la robe): trophée d'Eve à la main, celle-ci s'incline comme pour saluer la foule l'acclamant renforcé par le jeu de miroir; l'avenir est alors clair: Phoebe sera Eve et Eve sera Margo. En effet, dans la quête insatiable de gloire et de célébrité, il y a et y aura toujours, en quelque sorte, une nouvelle Eve... Il existe toujours une personne prêt à prendre votre place. C'est un système cyclique sans fin puisque chacun est dévoré par une ambition qu'il ne peut réprimer. Et tous les moyens sont bons pour assouvir ce besoin fou de reconnaissance!
On pourrait rapprocher EVE de Boulevard du Crépuscule (Sunset Boulevard) de Billy Wilder, autre film ayant pour thème la carrière d'actrice et véritable réflexion sur l'âge, la durée de vie d'une actrice… Quoiqu'il en soit, EVE est une œuvre complexe, époustouflante, hypnotisante, munie d'un charme certain. L'envers du décor est exhibé, servi par une réflexion intéressante autour du succès et de la soif de gloire et des méthodes pour y arriver. Le tout porté par des actrices rayonnantes et des dialogues très travaillés. C'est ça du cinéma intelligent! Un véritable chef d'œuvre comme on n'en fait plus de nos jours…