Peu de film peuvent se targuer d’avoir marqué l’inconscient collectif des années 2000 comme l’a fait "Le Journal de Bridget Jones", véritable phénomène de société et, accessoirement, film plein de charme qui avait starifié Renée Zellweger et offert un retentissant come-back (non démenti depuis) à Colin Firth. La suite poussive des aventures de la "célibataire" trentenaire avait bien moins convaincu… au point de sonner le glas de la potentielle saga. C’est en tout cas ce qu’on croyait jusqu’à ce que le projet d’un troisième opus, longtemps considéré comme une arlésienne, aboutisse. Et je n’y croyais plus vraiment depuis la découverte du nouveau "visage" de Renée Zellweger (ah les joies de la chirurgie esthétique) qui a fait perdre à l’actrice tout ce qui faisait son charme et semblait compromettre la reprise du rôle. C’est, donc, avec une certaine curiosité (et une pointe de crainte) que j’ai été voir ce "Bridget Jones baby"… et j’ai été plutôt agréablement surpris. Autant le dire tout de suite, on en retrouve ni la fraîcheur du premier épisode et on ne peut pas vraiment dire qu’on se trouve face à un monument d’originalité. L’intrigue est, d’ailleurs, cousue de fil blanc et cumule les poncifs qu’on croyait trop éculés pour être encore utilisé
(le fameux dilemme amoureux renforcé ici par un mystère sur l’identité du père du bébé, les énooooormes quiproquos, l'inévitable scène d'accouchement...)
. On retrouve, cependant le ton du premier épisode que le second avait un peu oublié (le retour de Sharon Maguire sur le siège du réalisateur y est sans doute pour beaucoup). On se laisse, donc, gentiment mené par le bout du nez jusqu’à
ce happy-end, beaucoup trop "happy" pour être honnête… mais qui, là encore, s’avère acceptable.
A quoi est dû ce sentiment de bienveillance vis-à-vis du cette tardive suite ? Sans doute au plaisir de retrouver les personnages qu’on a découvert il y a 15 ans et qu’on avait quitté sur une note discutable. Les seconds rôles sont tous là (les impayables parents campés par Jim Broadbent et Gemma Jones, les copains joués par Sally Phllips, James Callis et Shirley Henderson…), Londres est, une fois encore, filmé sous un angle plus urbain que la carte postale habituelle des films anglais et puis, surtout, on retrouve le couple qui a ravi toute une génération de fans, dans toute leur splendeur. Bridget (Renée Zellweger, qui parvient presque à faire oublier ses nouvelles "contraintes" sur le plan de l’expression faciale... mais fait, tout de même, un peu mal au cœur) a toujours le chic pour se fourrer dans des situations impossibles et ce brave Mark Darcy (Colin Firth, égal à lui-même) est toujours aussi guindé. Seul Hugh Grant manque à l’appel, ce qui est bien dommage mais qui est un peu compensé
par tout un axe scénaristique concernant son personnage (le film s’ouvre sur son enterrement) et
, accessoirement, par la présence d’un nouveau coq dans la basse-cour en la personne de Patrick Dempsey. La gente féminine devrait être ravi et force est de reconnaître que son personnage est gentiment attachant…
même si le sort lui étant réservé m’a paru manquer de subtilité
. Dempsey n’est pas le seul nouveau puisqu’on retrouve, également, l’excellente Emma Thompson (également coscénariste du film) dans le rôle d’une gynéco haute en couleur ainsi que la méconnue Sarah Solemani, excellente en collègue dépravée. Autre bonne surprise : on rit souvent dans "Bridget Jones baby", tant par les dialogues (la métaphore de la marionnette pour ne pas choquer les enfants qui écoutent, les conseils pendant l’accouchement…) que par les thèmes abordés (la reprise d’une sexualité décomplexée passé 40 ans, le choc des générations, les Femen…). Maintenant, le film n’est clairement pas un chef d’œuvre et ne marquera pas les esprits comme avait su le faire son illustre aîné. On peut, également lui reprocher un manque de suspense flagrant dans la conduite du récit
et, surtout, un sacrifice un peu trop frontal du personnage de Patrick Dempsey.
Mais il se laisse regarder comme une gentille gourmandise au gout vite oublié... mais dont on reprendrait volontiers à l’occasion.