On pouvait craindre le pire de ce troisième opus inespéré de la célibataire la plus célèbre d'Angleterre...
Un revival cynique pour amasser des dollars sur le dos d'une franchise culte de la comédie romantique ? Un film aussi médiocre que le deuxième épisode bien trop librement adapté du second livre (lui-même en-deçà du premier tome) ? Un moyen de ressusciter la carrière de Renee Zellweger autrement que par des articles de tabloïds sur ses transformations chirurgicales en cochon d'Inde à la jeunesse éternelle ?...
Tellement de questions peu rassurantes et possédant sans doute hélas un fond de vérité qui nous faisaient aller à reculons vers la découverte de ce film -sans compter le fait que "Bridget Jones Baby" n'est pas l'adaptation du troisième tome d'Helen Fielding mais un film avec un scénario original (brrr !) et que Patrick Dempsey est opportunément de la partie (probablement pour ramener une nouvelle génération de spectactrices gavées de saisons de "Grey's Anatomy" jusqu'à la moelle).
Et pourtant, à la surprise générale, "Bridget Jones Baby" égale voire surpasse carrément en qualité le premier volet !
Tout d'abord, le film renoue avec la si belle énergie qui avait disparu du second opus (le retour de Sharon Maguire derrière la caméra n'y est sûrement pas étranger). On retrouve ainsi l'héroïne que l'on avait tant aimé à ses débuts, gaffeuse et sentimentale, mais, les années aidant, avec parfois une étonnante maturité dans son regard sur ses relations avec la gente masculine (même si, rassurez-vous, elle commettra encore quelques erreurs de parcours pour notre grand plaisir). Cette évolution réaliste et plus épanouie du personnage malgré ses éternels doutes amoureux fait plaisir à voir et est parfaitement symbolisée par ce générique d'ouverture où elle stoppe le fameux morceau "All By Myself" immortalisé par une séquence culte du film originel.
Même si l'intrigue n'est pas d'une grande originalité sur le papier (Bridget couche avec deux hommes dans un cours laps de temps, elle se retrouve enceinte, qui est le père ?), le film parvient astucieusement à y broder autour un grande nombre de situations très amusantes qui fait la part belle à la personnalité de l'heroïne mais aussi aux seconds rôles tous impeccables et souvent tordants (mention spéciale à la nouvelle amie présentatrice).
Si l'on sent tient juste au côté "comédie" de comédie romantique, "Bridget Jones Baby" accomplit parfaitement son job. Certes, quelques gags sont faciles mais la profusion de ceux-ci et leur habilité à jouer sur plusieurs degrés comiques est quasiment toujours synonyme d'hilarité (la présentation de Bridget lors d'une conférence est à pleurer de rire notamment).
Du côté romantique, comme on l'a dit plus haut, malgré les caractéristiques basiques du personnage, Bridget a tout de même évolué de manière adulte durant ses années d'absence et les quiproquos amoureux qui découlent de la fameuse grossesse sont traités bien évidemment avec humour et légèreté mais s'y ajoute également une petite profondeur de maturité qui se marie extrêmement bien à l'ensemble. Mark Darcy (excellent Colin Firth) apparaît ainsi plus humain qu'auparavant et son nouveau rival, Jack Qwak, qui n'aurait pu être qu'un pion à l'intrigue est lui aussi écrit avec subtilité. Patrick Dempsey, pourtant habitué à se répéter dans les comédies romantiques, y trouve ici un de ses meilleurs rôles avec notamment un potentiel comique enfin exploité (le duo avec Firth fonctionne à merveille).
Bien que le personnage avait été malmené dans le deuxième film, on aurait pu craindre le pire de l'absence de Daniel Cleaver (Hugh Grant), un élément essentiel de la mythologie "Bridget Jones" grâce à son regard cynique. Pourtant, même si l'acteur n'a pas rempilé pour le rôle, sa présence se fait intelligemment sentir le temps d'une séquence d'ouverture très réussie et permet de passer le relais sans difficulté à son "remplaçant" Jack, un personnage radicalement différent.
Très bonne surprise que l'on n'attendait franchement pas (en plus, la bande-annonce ne vendait pas du rêve), "Bridget Jones Baby" restera comme une des meilleures romcom de l'année 2016 et peut-être même comme le plus abouti des volets de la saga "Bridget Jones".