Mais...c'est un très chouette nanar ! Si vous arrivez à passer le nom (souvent effrayant pour le cinéphile qui le connaît trop bien) de "Roger Corman" à la production, et cet infernal générique de début qui enchaîne des plans fixes de planètes pendant de longues minutes (on commence à avoir l'habitude, avec Roger), alors vous pourrez découvrir un hilarant nanar 100% pur jus, et d'une sincérité qui n'appelle que votre sympathie. [Attention, la suite de la critique spoile les meilleures scènes, aussi on vous préviens dès ici.] La musique guillerette se lance, une maman donne à Susie et Johnny leur manteau, puis une musique inquiétante la remplace quand Richard et Victor entrent dans le labo, donc si vous ne savez pas réfléchir, pas de panique : écoutez juste la musique. L'accident de labo survient, Victor est à terre tandis que Richard se lance dans le plus long "Aaaaaaah !!!" de l'Histoire des films (la scène coupe, mais ce n'est pas grave, quand on y revient plus tard, il est encore sur les "...aaaa..." du milieu : ses poumons ne sont pourtant pas encore élastiques, c'est donc un prodige). L'univers sonore se complète ensuite par une mélodie au piano qui semble faite avec un seul doigt (comme le pianiste du resto dans La Cité de la Peur), et des dialogues lunaires comme "Va chercher le tripode... Le meilleur ami des filles, hein ?" (on a mis longtemps avant de comprendre qu'il parlait du diamant dans ses mains : ouf, la morale est sauve) que l'on retrouvera tout au long de ce film assez barré pour rigoler souvent. Côté intrigue, on trouve un méchant voleur de diamant qui le remplace par une copie parfaite (alors qu'il ne l'a jamais vu), une "sortie dans l'espace" qui se confine à un décor réduit de cabine de vaisseau spatial (on avait pas le budg', déso), mais à l'inverse des scènes de découvertes des super-pouvoirs plutôt propres et qualitatives pour "du Roger Corman" (les effets spéciaux ne sont même pas trop moches, c'est encore un prodige). Les scènes farfelues s'enchaînent, avec plus ou moins de cohérences mais toujours la même passion pour le produit BD d'origine : les scènes chez le toubib qui les ausculte sont hilarantes, la baston chez Fatalis est très divertissante, la transition avec le gros "4" qui avance est kitsch au possible (ambiance Batman des années 60), ou une transition "lessiveuse" pour la transformation de Ben en La Chose (cycle "linge délicat"), une femme aveugle qui dit qu'elle aime Ben alors qu'elle ne l'a croisé que quelques secondes (ceci dit, elle est sculptrice, donc elle aime la terre cuite, ils devraient bien s'assortir), des décors qu'on dirait peints à la main à la va-vite (avec le vaisseau qui vole par-dessus : au secours, nos yeux crament), Susie qui utilise le champ de force alors qu'on n'a jamais introduit ce super-pouvoir (pas l'temps de niaiser), Johnny qui devient une animation en feu volante digne de la fin de Beowulf (nos yeux...), et une scène de fin où La Chose se trimballe en slibard au mariage de son meilleur ami (même pas en short comme dans les comics, en slip... Une vision interdite aux enfants). Bref, c'est un nanar comme on en fait peu, dont la sincérité et l'amour du produit de départ transpire de chaque scène, dont la générosité dans l'humour et l'action nous empêche de le détester, dont les acteurs sont attachants, dont toutes les catastrophes visuelles (et surtout sonores) donnent une patine unique à ce film. Pour les amateurs de nanars, ne ratez surtout pas ce film d'une sympathie...fantastique.