On se doutait que Ken Russell, racontant Mahler, ne verserait pas dans l'académisme. Aussi, on n'est guère surpris par ce récit fragmentaire et déconcertant où la vie de Mahler et son oeuvre se dessinent tant bien que mal et plus ou moins clairement.
Dans le train qui ramène le compositeur et son épouse à Vienne, on découvre un Mahler ombrageux et capricieux. Et rêveur. Russel met en scène les visions d'un auteur hanté par la mort, parfois par la jalousie, et obsédé par sa musique dans des tableaux oniriques, extravagants et sombres, évidemment recouverts de la musique de Mahler. Des bribes de sa vie transparaissent ainsi que son apprentissage musical -dans une mise en scène plus classique, pour ne pas dire commune- et sa conversion au catholicisme, évoquée dans une illustration imagée et loufoque, la plus ébouriffante du film sur fond de Walkyries wagnériennes).
Mais, finalement, les fantasmagories du réalisateur ne satisfont pas mon goût et ma curiosité pour Mahler. De la même façon, ces séquences ne transcendent pas sa musique, laquelle, d'ailleurs, découpée, fractionnée, n'exprime guère sa beauté et sa puissance. En réalité, cette imagerie étrange manque d'esthétisme et d'élégance, suivant un travail artistique rendu difficile, probablement, par des moyens financiers visiblement insuffisants.
On relèvera pour finir le clin d'oeil à "Mort à Venise" de Visconti.