Cette histoire, celle de "Melancholia", commence par la fin, la fin du monde. L'ouverture n'est qu'un passage onirique et rêveur incroyablement lyrique présentant le récit sous une grande puissance symbolique. La Terre et l'humanité engloutit par une planète géante, fantastique et terrifiante mais en même temps sublime.
Lars Von Trier est le cinéaste de l'excès, orgie, misogynie, provocation, critique… "Antichrist" en débordait tellement que ça en était ridicule. Pourtant "Melancholia" n'est pas vraiment dans ce domaine, il raconte avant tout l'histoire de deux femmes, soeurs, que tout sépare, Justine, la cadette, vient de se marier, mais son mariage se transforme en purgatoire, elle ne s'y marie par mais ne fait que participer, et elle y perd tout, son mari, son travail, l'estime de sa famille et sa propre conscience. Le film veut approcher l'âme humaine dans ses grandes limites en la mettant face à la mort certaine et inévitable représentée par une planète digne d'avoir été imaginée par un grand rêveur.
Le film se divise en deux parties tout comme "Breaking The Wave" qui se fragmentait en huit segments. La première partie se concentre sur le mariage de Justine, la blonde, belle mais froide au sourire hypocrite, son mariage désastreux l'anéantie moralement, cette première partie est longue mais d'une beauté éclatante, au final Justine n'a plus rien à perdre, dans les coulisses représentées par le couloir les visages deviennent vrais, la mère de Justine se montre comme un monstre ultra glacial, son père abandonne sa fille au moment ou elle avait besoin de lui. Les mouvements de la caméra à l'épaule génèrent des tensions extraordinaires qu'elles soient familiales ou professionnelles. Tout oppose les deux soeurs, l'une est dépressive à la limite de la folie, l'autre est la voix de la raison, elle a tout à perdre faute d'avoir une vie.
La seconde partie se concentre justement sur Claire, incarnée par une Charlotte Gainsbourg à la totale opposée de son rôle dans "Antichrist". Durant l'ensemble du film elle est le seul personnage auquel on s'identifie, la seule protagoniste rationnelle, tandis que sa soeur sent la mort et la folie elle est une source plus sage. Elle est d'ailleurs la seule à avoir peur de Mélancholia, peur qu'elle percute la Terre, peur que la science ait tord et de perdre tout ce qu'elle a acquit. Dans cette seconde partie nettement meilleure on pose des questions, qu'arrive t'il après la mort ? Sommes nous la seule forme de vie dans l'univers ? On voit également le film comme un duel : deux planètes, deux soeurs qui se contournent avant de se percuter. Sans répondre à ces questions à la réponse inconnue Lars Von Trier déploie toute son élégance et sa poésie pour sonder l'âme humaine, jamais l'enfant terrible danois aura atteint une telle maitrise, son film est somptueux en tout point, doux, mortel, terrifiant… le tout s'achève dans une atmosphère lourde, les personnages sachant qu'une mort certaine les attend se mettent à se préparer à mourir, certains l'acceptent et d'autres non, cherchant à fuir et pourtant aucune issue. Les acteurs sont tellement crédibles qu'on est totalement dans la peau des personnages, sublime incarnation de l'homme face à lui même, le duo Gainsbourg/Dunst fonctionne à merveille évoquant une relation entièrement faite d'amour et de haine et à couper le souffle de part sa complexité jusqu'au magnifique final ou la petite famille s'enferme dans un tipie improvisé, seul refuge contre la fin du monde, la mort, la mélancolie.
Mise à part quelque longueurs un peu lourdes, pour trouver un défaut à "Melancholia" il faudra aller à des années lumières. Ultime désespoir tragique et orchestre cinématographique.