De Lars Van Trier, je n'avais vu que les deux parties de "Nymphomaniac", peut-être pas l'entrée la plus facile de sa filmographie mais, quelques années après cette première découverte, j'ai eu envie de persister avec l'un de ses films les plus emblématiques. Et ce fut, encore une fois, une sacrée claque ! Une sacrée claque dans les deux sens du terme puisque visuellement, le film nous met tout de suite dans cette ambiance onirique aux plans sacrément léchés avec cette longue scène d'introduction de près de dix minutes (scène d'introduction d'ailleurs pédante mais en réalité très maline qui vaut le coup d'être revue une fois le film terminé, mais je n'en dirai pas plus). Mais également une claque assez désagréable puisqu'en plus d'opter pour un discours particulièrement pessimiste, j'ai mis beaucoup de temps à rentrer dans le film ! En effet, toute la première partie avec le mariage m'a semblée plutôt longue car je ne savais pas vraiment où le film voulait aller. Il y a cependant de très bonnes idées dans cette première partie, comme la mise en scène des mondanités puisque c'est un mariage très luxueux et découpé suivant divers rituels comme le discours, le gâteau etc. et puis surtout une certaine mise en scène de la vie quotidienne (pour reprendre le titre des bouquins d'Erving Goffman) dans laquelle on est obligé d'y porter un masque. Et ça, Justine, dépressive, elle aime pas trop. Elle tente alors de s'éclipser le plus possible et de laisser libre cours à ses envies mais difficile de modifier une pièce de théâtre dont on est le premier rôle. Le mariage prend alors une tournure dramatique et c'est là que nous arrivons à la seconde partie. Seconde partie qui m'a beaucoup plus parlé et qui m'a surtout permis de comprendre tous les aspects de la première. Le réalisateur sort d'une grosse dépression au moment de l'écriture du film, il s'identifie alors au personnage de Justine, qui est également dépressive donc mais dont la maladie lui procure un pouvoir omniscient. Particulièrement intéressant dans le contexte du film puisqu'une planète menace de s'écraser sur la terre (oui, on passe d'un mariage raté à un film catastrophe, c'est aussi ça Lars Von Trier). Alors que les personnages qui tenaient parfaitement leur rôle dans la première partie, notamment Claire et son mari, tombent petit à petit les masques à mesure que cette catastrophe approche, Justine, quant à elle, regagne petit à petit confiance en elle. Elle reste effectivement sereine face à cet évènement dramatique puisque la destruction est, pour elle, la seule issue possible et surtout une fin heureuse, un échappatoire tant attendu. Et c'est cette vision pessimiste du réalisateur et de Justine qui m'a particulièrement séduit dans le film. D'autant plus avec des plans et surtout des effets spéciaux particulièrement magnifiques ! Alors oui, c'est quelques-fois pompeux, c'est très "film d'auteur" au rythme un peu (très) lent et c'est vrai que ça fait quelques fois défaut à l'ensemble mais ça fait également partie de l'expérience. L'expérience "Mélancholia" donc qui ne laissera certainement pas indifférent, que l'on adhère ou non.