Adapté du roman de DIderot, après la version pourrie de Jacques Rivette, celle de Guillaume Nicloux sauve l’honneur.
On connait l’histoire : la mère de Suzanne Simonin l’oblige à entrer au couvent afin d’expier la faute qu’elle a elle même commise, à savoir faire croire à son mari que cette enfant était de lui. Sauf que le couvent, Suzanne ne veut pas y entrer. Ce n’est pas son truc, elle veut découvrir le monde, se marier, avoir des enfants, comme toutes les filles de son âge.
Il y a trois parties : dans la première, la vieille mère supérieure capte très vite que Suzanne a d’autres envies et la couvre du mieux qu’elle le peut. Dans la seconde, la mère supérieure est une dévote sadique et tortionnaire, interprétée par Louise Bourgoin (qui aurait pu franchement mieux faire) qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Et dans la dernière, elle change de couvent et se retrouve face à une Isabelle Huppert de mère-sup, lesbienne-nymphomane qui va la déglinguer encore davantage. Heureusement, la fin est plutôt «happy» toutes proportions gardées.
Esthétiquement, le film est somptueux. Les décors, les costumes, la lumière, tout est parfait, mieux encore que dans «Les adieux à la reine», parce que moins tape à l’oeil. La mise en scène est sincère, sans artifice, sans excédent et l’on marche sans se poser de questions.
Je ne connaissais pas Pauline Etienne, qui incarne la religieuse, et j’ai été bluffé, séduit, troublé par cette comédienne belge qui devrait tourner, tourner, et tourner encore. Dans un second rôle de soeur hystérique on reconnait également Agathe Bonitzer qui s’en sort particulièrement bien. Sinon Huppert....alors il parait qu’on n’attaque pas certaines comédiennes...je vais me gêner : Ca fait trente ans que je l’entends jouer sur une corde, ça fait vingt ans que ça me fatigue, et ça doit bien faire dix ans que ça me gonfle profond. Elle joue super bien, tout le temps...mais sur une corde. On fait des choses merveilleuses sur un clavecin, mais le problème c’est que le clavecin...ça me gonfle pareil. Alors comment dire, le film m’a emballé, jusqu’au moment où Isabelle débarque. Il perd de son aura, de son mystère, de sa nouveauté, mais malgré tout je recommande vivement !