Et si, en même temps qu'une version crépusculaire du vigilante coréen des années 2000, I saw the devil avait aussi été l'histoire d'un autre au revoir, celui de son réalisateur Kim Jee-Won à la Corée, parti depuis avec Le Dernier Rempart s'éclater (essayer, du moins) chez l'Oncle Sam, comme ses compatriotes Park Chan-Wook et Bong Joon-Ho. Las, si les deux larrons sus-cités auront réussi, au contraire de la vague hong-kongaise débarquée avant eux, à ne pas se casser les dents sur la refonte de leur cinéma en un produit adapté à l'international, Kim Jee-Won semble avoir l'adaptation moins facile. Stoker et Snowpiercer, en effet, conservaient en dépit de leur habit occidental une véritable identité, ainsi que les éléments qui plaisent dans l'approche cinématographique de leurs très doués réalisateurs. On pourrait penser, certes, que Jee-Won, qui avait déjà montré par le passé une grande adaptabilité sans s'en tenir rigoureusement à un style, saurait parfaitement s'imbriquer dans ce projet d'actioner joyeusement régressif. Mais ce serait oublier que son cinéma possède lui-aussi quelque chose de précieux, une certaine idée vitale de l'excès que vient oublier Le Dernier Rempart, au scénario mou et bourré de clichés, que Jee-Won semble d'ailleurs quelque peu s'ennuyer à filmer d'une façon cadrée, effacée. Les quelques fulgurances, distribuées avec parcimonie, laissent entrevoir une dimension atteignable de série B badass, décomplexée et fun au possible. Mais celle-ci ne sera jamais atteinte, puisque face à elle se dresse le rempart Schwarzenegger. Car si cette critique aborde pour l'instant The last stand comme une film de Kim Jee-Won, c'est uniquement parce que c'est comme cela que je l'ai découvert, pas parce que c'est ainsi qu'il faut l'aborder. Et si le Governator est prêt à tolérer une dose quand même pas négligeable de parodie, d'auto-dérision, pas question pour autant de laisser filer son revival des eighties vers un Expendables bis. Derrière ce retour, on sent avant tout du plaisir, mais aussi une certaine volonté de revenir durablement sur la scène d'action US, pas uniquement comme le gentil has been qu'on convoque respectueusement quand un peu de nostalgie se fait sentir. Belle attitude de guerrier, Schwarzy, là on te reconnaît. Alors certes, celui qui avait mis en parenthèse sa carrière d'acteur pour se consacrer à la politique a vieilli, et il lui faudra proposer autre chose pour retrouver son lustre. Mais pour l'heure, le retrouver fait plaisir, et Le Dernier Rempart n'entérine d'ailleurs jamais, dans les résonances entre le personnage et l'acteur, le retour cantonné de celui-ci dans des rôles musclés dont il sait sans doute ne plus avoir la carrure. En soi, Le dernier rempart se regarde juste comme une pause nostalgie très récréative, nantie comme l'est chaque film de Kim Jee-Won, qui aura au moins pu lui apporter cela, d'un énorme capital sympathie.