Depuis "Maléfique", Eric Valette fait partie des réalisateurs que les critiques spécialisées encensent… et qui ne m’a pourtant pas encore emballé. Avec "La Proie", le réalisateur marche ouvertement sur les plates-bandes du cinéma de genre américain, comme "A bout Portant", il y a quelques mois. Mais là où le film de Fred Cavayé avait bluffé le public, celui d’Eric Valette souffre de nombreux défauts l’empêchant de rivaliser avec les productions hollywoodiennes. Tout d’abord, la mise en scène a tendance à faire dans l’esbroufe puisque le réalisateur se contente d’aligner les scènes d’actions musclées sans pour autant être très originales (les affrontements en prison, la scène de l’autoroute, le saut sur le toit d’un train…) entrecoupées de séquences un peu plus posées mais souvent caricaturales (les scènes entre le héros et sa femme, les matons très méchants, la flic qui doit se battre contre sa hiérarchie…). Un manque de renouvellement du genre que les publicitaires du film ont tenté de camoufler la caution "Albert Dupontel effectue toutes ses cascades lui-même". Et il faut reconnaître que l’acteur, qu’on n’attendait pas forcément dans un registre aussi physique, est la principale attraction de "La Proie" bien que son jeu reste assez attendu. J’ai également apprécié la prestation du méconnu Stéphane Debac dans le rôle du psychopathe propre sur lui. Le reste du casting est malheureusement plus inégal avec la revenante Alice Taglioni dans un rôle de femme flic obligée de jouer des coudes pour se faire une place, Sergi Lopez dans un numéro de cabotinage indigne, Natacha Régnier sous-exploité dans un rôle peu écrit, Serge Hazavanicius en coéquipier sympa, Caterina Murino en mode cacheton ou encore Zinedine Soualem en supérieur borné. Il manque également à "La Proie" la nervosité qui faisait toute la puissance de "A bout portant", carence due essentiellement aux baisses de rythme de la mise en scène, aux trous d’airs dans la narration (les scènes de rêves d’Adrien entre autres) et l’absence d’une BO au niveau. Quant à l’intrigue, les scénaristes auraient pu faire l’effort d’essayer de surprendre les spectateurs. Parce que, entre le violeur qui crie à l’erreur judiciaire alors qu’il a le mot "coupable" gravé sur le front, le coup du corps du héros qu’on ne retrouve pas après une chute de plusieurs mètres ou la gamine muette qui va prononcer son 1er mot juste à la fin (qui peut douter qu’il dira autre chose que "Papa" ?), on se croirait devant une resucée de tous les clichés auquel le cinéma US n’ose même plus s’adonner. Bon, maintenant, j’avoue que je suis un peu dur avec ce film qui reste un divertissement honorable mais qui aurait pu (aurait dû !) être bien plus efficace et dramatique. Dommage…