Nous baladant sur le fil périlleux du risque de connaître l'ennui, The Master ne possède pas un scénario aussi abouti et cohérent que les films précédents de PTA l'américain. Il s’appuie d'ailleurs pour une large part sur le jeu ébouriffant des acteurs, dont un Joaquin Phoenix qui fait l'effort (profond, où va-t-il pêcher tout ça?) d'aller chercher l'état de grâce dans quelques scènes. On dit souvent, chez les critiques consensuels du french cinoche, d'un film chiant, qu'il est exigeant... Pléonasme. Or ici, c'est le cas. Le film comme un chat retombe sur ses pattes après ses vrilles dans le vide. Le montage cimenté par les performances des comédiens nous conte une belle histoire de Folie, version F majuscule. Une belle bande de siphonnés du bocal s'agite sous nos yeux pendant + de 2H, en effet il s'agit d'une secte, dont le manipulateur number one est Hoffman, intense, creux, plein de manques, de doutes, souvent aussi dépourvus d'émotions que Phoenix, car en quête de sens à l'intérieur, fatigués, et marionnettes remuant leurs corps à l'extérieur pour ne pas crever de faim et d'inanité, version grassouillette pour l'un ou sec et noueux pour l'autre. Et le film colle tellement à ces glaciations internes, sans queues ni têtes, qu'il nous met au bord de la faille du désintérêt, mais on suit l'avancée de leur rencontre, faite d'une collection d' expériences initiatrices avortées, pourtant proches d'une vraie thérapie, mais qui, malheureusement, à trop fouiller dans les douleurs du passé vont sans doute boucher définitivement toute possibilité de thérapie ou d'expérience réellement cathartique pour Freddy Quell, alias J. Phoenix. Ce-dernier confiera une enfance dans une cellule familiale dysfonctionnelle comme on dit, puis il partira faire la guerre, armé et alourdi par tous ses manques affectifs, massacrer du japonais, et au bord du chaos qu'est cette vie, sa vie, il s'accroche à un vague souhait de retour à la vie normale, une tendresse de vie à deux, d'une femme rêvée, viscérale plus qu'idéale, passionnément comme une prière urgente. La réalité le fracasse contre ses propres turpitudes, dont la principale est l'alcoolisme. Sa folie rencontre celle du Master, lumière de points communs, et les deux se repoussent comme des aimants de même valeur, puis c'est le noir, l'acceptation de son état dépressif croit-il, à force de s'y être habitué, grâce au contact de celle du Master. Et même en se socialisant plus que pendant sa période d'errance semi clocharde, c'est fini, ce sera pour manipuler, traquer et fouiller les désespoirs des autres pour en faire son beurre, il ne rencontrera jamais la femme de ses rêves, manque d'amour maternel ou besoin des douceurs d'une âme soeur, peu importe, ce fut paradoxalement le chant du cygne de sa part saine, le temps qu'elle meurt, temps long suscitant l'ennui de certains spectateurs, mais dont la belle exigence à fleur de pellicule réussir le petit miracle de faire un film marquant qui ne fait pas que passer.