Roman Polanski, en offrant à Catherine Deneuve un de ses meilleurs rôles, réalise avec Repulsion un huis-clos obsessionnel, qui plonge dans le mal à l'aise le plus étouffant. L'utilisation des sons, angoisses universelles (bruits de pas, gouttes d'eau...) est remarquable, au même titre que l'emploi des images : ces fissures, ces plans choisis soigneusement dans leurs emplacements (genre, simplement filmer des pieds) ou encore l'éclairage partiel font que le long-métrage est un des plus oppressants du genre. Polanski avait déjà une certaine connaissance du travail de mise en scène alors même qu'il réalisait là un de ses premiers films : même si l'unité dans la direction d'acteurs semble faire défaut (à part Deneuve, personne ne tire son épingle du jeu, même pas John Fraser), l'intrigue est fort bien construite, l'équipe de tournage exécute son boulot à la perfection ; seul le rythme final est un peu lent, peut-être à cause du montage. Polanski se perd dans sa mise en scène/angoisse, et fait trop durer pour faire vraiment peur. Une dernière partie qui ne nuit que très peu au film, qu'on peut considérer de chef-d'oeuvre d'angoisse.
J'ai enchaîné Rosemary's Baby et Répulsion... Conséquence : Polanski a été projeté au rang de mes rélisateurs préférés. L'utilisation de la bande son ainsi que celle du décor (l'appartement, sombre, qui se craquèle, de plus en plus de meubles renversés, cette dépouille infecte de lapin pourrissant) sont magistrales. Elles permettent de faire travailler l'imagination du spectateur, qui pénètre dans ce cauchemar subjectif, cet isolement, cette terreur sexuelle, cette claustrophobie... C'est à mon avis l'un des meilleurs drames psychologiques jamais tournés.
Polanski n'en est qu'à ses début et il signe déjà un chef d'oeuvre où l'on retrouve toute ses obsessions. L'interprétation de Catherine Deneuve est bluffante en folle meurtrière, elle tient ici l'un de ses plus grands rôles, et la mise en scène de Polanski relève du génie. Un film voyeur ou le réalisateur traque son héroine (camera à l'épaule, nouvelle vague oblige) pour se rendre dans les méandres de son cerveau. Du très grand cinéma! Signalons que le réalisateur débute ici sa trilogie sur les appartements hantés que se poursuivra avec "rosemary's baby" et "le locataire".