Peu de réalisateurs peuvent se targuer d'avoir marqué au feutre indélébile l'Histoire du cinéma de manière significative : Terrence Malick est à n'en point douter l'un d'entre eux. 5 films en 40 ans à son actif, autant de réussites et d’œuvres majeurs que tous les cinéphiles se doivent de connaitre. Alors que son Tree of Life vient de recevoir la palme d'or à Cannes il y a de cela deux ans, nous voici face à son dernier film, A la Merveille.
Autant le dire, nous nous trouvons dans la continuité de The Tree of Life. La caméra virevolte autour des personnages pour capturer de petits instants de vie, des regards, des sourires, autant d'éléments qui visent à faire entrer le spectateur dans l'intimité des protagonistes. La narration reste quant à elle peu conventionnelle, on ne cesse de sauter de scène en scène, toutes plus fugaces les unes que les autres. Rien de bien nouveau par rapport à The Tree of Life en somme. En revanche, le scénario reste linéaire, rendant peut être ce film plus accessible que ne pouvait l'être son prédecesseur.
La Nature tient toujours une place importante dans la filmographie de Malick, A la Merveille n'échappe pas à la règle, les plans contemplatifs sont soutenus par une photographie somptueuse, me faisant presque dire qu'il s'agit peut être du plus beau film qu'il m'ait été donné de voir : c'est un régal pour les yeux.
La bande son contient exclusivement des compositions classiques, et leur association avec cette "valse" de la caméra et les plans contemplatifs font de ce film une sorte de songe éveillé, soutenu par les voix off lancinantes des personnages principaux. Le film en devient poétique, sans doute lyrique tant les histoires d'amours racontées atteignent l'universel. Tout est suggéré, la symbolique est omniprésente, notamment religieuse, et l'invisible est dissimulé dans le visible.
Néanmoins, il faut bien justifier le 3/5 que j'ai attribué au film, et son problème majeur est très clairement ses personnages masculins. Ben Affleck campe un personnage presque muet et il se trouve être monolithique. Quant à Javier Bardem, pasteur en proie au doute vis à vis de sa foi, est trop peu présent pour que l'on se sente concerné, il ne doit apparaitre à l'écran que 15 min sur les 2h du film. Malgré tout, Olga Kurylenko signe une prestation plus que convaincante, la meilleure à ce jour. Toujours est-il que pour un film entièrement focalisé sur ses personnages, la présence d'un seul protagoniste "attachant" est une carence majeure, surtout que Ben Affleck est omniprésent. Le peu d'intérêt qu'on lui porte nuit immanquablement à l'intérêt global que l'on porte sur le film et la note est là pour le sanctionner.
Toujours est-il que l'on sort du cinéma en ayant le sentiment d'avoir vu quelque chose de totalement à part : certains vont estimer qu'ils ont perdu 2h de leur temps libre alors que d'autres vont croire à une révélation. Quant aux habitués du cinéma de Malick, l'impression générale qui en ressort est que ce post Tree of Life est un brin décevant.
Mais on ne peut avoir que de la sympathie pour ce film tant on sent la patte du réalisateur et sa volonté d'aller au fond de son "trip". On aura toujours plus d'affection pour film raté mais transpirant la personnalité de ses créateurs que pour une grosse production moyennement réussie. A la Merveille ne laisse personne indifférent, et c'est déjà la marque des grands films ainsi que des grands cinéastes.
A noter que pour ceux n'ayant pas vu The Tree of Life, je recommande de regarder en priorité A la Merveille, son scénario linéaire le rend plus accessible. Si vous l'appréciez, jetez vous sur son prédécesseur primé à Cannes.