"The Tree of Life" est une oeuvre immense qui m'a marquée comme rarement un long-métrage ne l'avait fait.
Dire cela n'est pas une vaine intention de me rendre crédible par un argumentaire ayant pour unique ligne directrice : "J'ai aimé ce qu'il faisait avant, donc si je n'aime pas cela c'est que le problème vient de lui".
Cela serait d'une idiotie abyssale tout en étant un point de départ d'une grande vacuité.
Non, commencer par là me permet de faire comprendre que ce n'est en aucun cas les intentions formels ou thématiques qui posent problème avec "A la Merveille", mais bien l'exécution de ces intentions par un cinéaste qui semble avoir oublier, l'espace d'un court instant, comment faire du cinéma.
Tout était pourtant là : un récit d'une grande simplicité mais à la portée universelle évidente, des thématiques chères à Malick (L'amour et ses difficultés, la religion etc), tout en persévérant dans la lente disparition de la narration, et il serait possible de continuer comme ça pendant encore longtemps.
Malheureusement, Malick semble avoir réalisé "A la Merveille" pour lui, et uniquement pour lui.
Le long-métrage est complètement opaque émotionnellement car il ne nous laisse jamais à rentrer dans son film, ne crée jamais la moindre brèche dans laquelle il serait possible de s'engouffrer afin d'être touché, ou tout du moins concerné par cette amour mis à mal.
On se retrouve donc face à une succession d'images, qui sont certes d'une grande beauté, et dont les idées de mise en scène sont indéniables, comme ces cadres qui séparent un couple qui ne se comprend plus mais qui continu d'être le miroir l'un de l'autre, mais cela reste une succession d'images tout de même, face auxquels on ne ressent rien.
Qu'il s'agisse des acteurs, avec un Ben Affleck inexpressif, ou le montage, qui coupe avant même que la moindre émotion ou piste de réflexion ne puisse naître, dans une volonté de déverser son flot d'images le plus vite possible, rien ne semble être concerné ni par ce qui se déroule ni par nous.
Impossible alors de ressentir autre chose que la désagréable impression que les scènes se suivent, sans que l'on s'y intéressent, mais sans qu'elles ne s'intéressent à nous non plus, le tout surplomber (pour ne pas dire "plomber") par une voix-off ahurissante de prétention tant elle est plus proche de la parodie philosophique que du poème élégiaque.
Enfin, "A la Merveille" démontre tout le problème de l'abandon par un cinéaste, pas celui de la narration, qui peut dévoiler une force inimaginable, mais bel et bien celui du spectateur.