Quand on critique un film, on critique le cinéaste, sa "patte", son empreinte. Je connais quasiment tous les films de Malick, j'ai pu saisir les constantes dans ses films et j'avoue être perplexe. Pourquoi mêler religiosité et couples humains qui sont loin d'être des modèles de couples chrétiens ? Moi qui suis catholique, cela est pour le moins malsain de s'étaler largement (c'est quasiment tout le film) sur des couples qui ne marchent pas, profondément égoïstes, en contraste avec la figure du prêtre, belle figure d'abnégation par ailleurs, de l'amour qui n'est pas sensation (car, il faut le dire, l'amour représenté au sein d'un couple chez Malick, c'est un appétit sensuel. Vous n'imagineriez pas combien de contacts il y a entre Ben Affleck et Olga ou Rachel ! Veut-il montrer un don ? Un accueil de l'autre ? Pourquoi cet accueil provoquerait-il un tel rejet en fin de compte ? Est-ce la passion ? Je pense surtout que cette façon d'être lascif, sensuel, de rechercher à tout prix le contact, fait que l'on finit par réifier l'autre, par le prendre comme un instrument de notre propre plaisir, un plaisir qui comme tout plaisir de cet ordre est généralement un plaisir égoïste, tourné vers son moi). Par ailleurs, trop de longueurs finissent franchement par peser lourd, surtout lorsque le but est vain. Que veut nous montrer ultimement Malick ? Visiblement, le prêtre n'est pas ce qui l'intéresse le plus (dommage, c'est le personnage qui a compris pour moi ce qu'est l'amour, l'amour qui endure les épreuves avec force, comme ici l'épreuve de la sécheresse spirituelle pour le prêtre), puisque les dernières scènes montrent Olga, qui oscille entre Ben Affleck et un autre gars. Non, que Malick arrête de vouloir montrer l'amour dans le couple. A moins que le message ne soit : ne soyez pas trop tactile avec votre conjoint(e), ne recherchez pas trop la sensation, l'amour se trouve ailleurs, là où l'épreuve passe, et où l'on continue à s'attacher. Car épreuve il y a nécessairement, même dans les couples les plus unis (ici, on ne connaît pas distinctement les facteurs de la discorde). Et l'épreuve peut être un moyen de purifier l'amour (la sécheresse de la foi pour le prêtre, qui continue à faire son devoir et y trouve l'amour vrai et sincère). Mais ce n'est pas la peine de nous le montrer dans deux heures de film (j'ai vu des films bien plus dense mais plus court) ! Et ces jeunes femmes évaporées, elles auraient mieux à faire que de tournicoter dans tous les sens, de s'amuser. Non, Malick sait user des silences, mais lorsqu'il noie littéralement le scénario dans un déluge d'images certes belles (une tortue dans la mer, des couchers de soleil splendides), mais non à propos, cela en devient lassant (on n'est tout de même pas dans un documentaire. Pour qui prend-on le spectateur ?). Au final, Malick n'a toujours pas réussi à nous montrer le "bon" couple à 70 berges... J'espère pour lui qu'un beau jour il se réveillera et désirera mettre en film le couple qui marche, solide, fort de sa foi réciproque, de sa confiance, de sa charité. Voilà ce que j'attends, Malick. A bientôt !