À tous ceux qui n'auraient pas encore bien saisi l'objet et le message de Terrence Malick dans À la Merveille, c'est pourtant le même message clair qui fait suite à the Tree of Life : il y a deux amours dans la vie, l'un surnaturel, l'amour de Dieu, et c'est le chemin de la grâce ; l'autre, terrestre, naturel, et c'est l'amour humain, au sens d'Eros. C'est le dilemme de Marina (Olga Kurylenko), qui à plusieurs reprises lance des soupirs vers le Ciel, car elle est, comme beaucoup d'entre nous, tiraillée : attirée vers la grâce et l'amour éternel, celui qui ne redescend jamais, mais son humanité, sa chair la ramène à la pesanteur, la gravité. D'où sa déception de l'amour, qu'elle voudrait qu'il restât aussi fort que dans les débuts, expérience et déception qu'on a tous connus, au moins une fois.
Cette dichotomie est reprise à travers de nombreuses scènes, notamment celles du père Quintana. Il souffre du silence et de l'absence de Dieu, parce qu'il ne ressent plus sa chaleur des débuts, celle de sa conversion. Tout croyant vit ce déchirement. Tel est le message du film : foi, espérance et amour, ballottés à travers les épreuves, les déceptions, les vicissitudes de la vie, où de nombreuses croix sont notre lot quasi quotidien. Le message se décline ainsi en message de bonté, d'amour, de compassion et de charité, comme en témoignent les nombreuses scènes du prêtre (Javier Bardem) au milieu des cassés, des déshérités, des paumés, des petites gens que Malick filme avec dignité et bonté, amour et compassion, voire même avec un regard christique. Pour l'occasion, Malick a filmé de vrais personnages, non des acteurs, dans leur contexte réel. Ce film est une ode à la tolérance, à l'amour, à la dignité -- à la vie. Aussi, apparaît un message écologique : écologie des rapports humains en symbiose avec l'environnement, la nature. À la Merveille est une merveille, comme tous les films de Terrence Malick, lesquels sont habités par la grâce. Mais ils demandent plusieurs lectures pour être bien compris, car tout fait sens chez Malick, chaque image, chaque plan, jusqu'au sens de l'ensemble. (J'ai laissé de nombreux commentaires sur Terrence Malick et deux critiques spectateurs, plus analytiques, qui viennent compléter cette synthèse). Terrence Malick est le plus grand cinéaste de tous les temps, il réinvente le cinéma et de nouveaux modes de narration. Apparemment, c'est, pour beaucoup, encore mal compris. Or Malick nous offre un petit miracle : plus on regarde ses films, tout comme plus on regarde À la Merveille, plus on aime, et plus ils fonctionnent comme des thérapies. Personne avant lui n'avait réussi cet exploit. Merci Terrence Malick, tu nous donnes tant d'amour, que je te fais don du mien.
5/5 ou 19,90/20