De très belles choses et quelques séquences d’un réalisme le plus exact qui puisse être. Celle se passant dans la soute obscure entre deux marins qui n’ont pas à s’y trouver est exceptionnelle. Quelques maladresses comme l’introduction d’un personnage féminin qui, bien que sympathique, affaiblit le propos de ce film intéressant au possible. Le final est parfait. C’est son point fort lorsque la chaloupe quitte le navire. Ce qu’il se passe alors résume tout le reste et nous plonge dans la complexité des comportements humains. Tout justifie le livre autobiographique tenu par Richard Henry Dana lors de ses deux ans de mer. Le livre fut indispensable pour l’amélioration des conditions de vie des marins, le film très utile pour que cet évènement survive dans nos mémoires.
Le film de John Farrow évoque la condition des marins de la navigation marchande américaine. L'aventure mouvementée à bord du Pilgrim pourrait permettre de transformer la condition de personnels considérés comme corvéables et punissables à souhait. Sur le pont du Pilgrim, deux personnages émergent, l'un historique, semble-t-il, le dénommé Henry Dana, dont le témoignage écrit servira la cause des marins ; l'autre, romanesque, joué par Alan Ladd, fils à papa embarqué de force sur le navire. Tous deux s'opposent au capitaine Thompson, un type inexplicablement sévère et borné et par conséquent plutôt insignifiant. L'action dramatique lorgne comme on le voit du côté des "Révoltés du Bounty" mais elle ne bénéficie pas de la présence charismatique d'un Capitaine Bligh ni, plus largement, d'un scénario spécialement original. Distrayant et alerte, l'histoire se fond progressivement dans l'ordinaire des péripéties maritimes et des conflits à bord, avant de nous imposer, de manière artificielle, la présence d'un personnage féminin parfaitement inutile.
Le Bounty du pauvre. L'histoire est solide, elle aurait pu donner lieu à un film de grande qualité, mais dans un premier temps, ça traîne, ça traîne, ça manque de rythme, c'est répétitif. Le personnage du jeune garçon est mal exploité, l'histoire sentimentale un peu plaquée sur le discours et ne débouche sur rien. Le personnage du capitaine est sans doute odieux mais dans le genre falot - et buté. Rien à voir avec le génie du mal que figurait Charles Laughton dans la première version du Bounty, et même, sur un mode atténué, Trewor Howard dans la seconde version, celle de 1962 avec l'insupportable Marlon Brando. Ici, la fin surtout, qui était essentielle au propos du film (le sort lamentable des marins de commerce et son amélioration éventuelle) est complètement bâclée et presque incompréhensible. Dix minutes de moins de voyage en mer et dix minutes de plus sur le procès et le vote de la loi auraient été autrement pertinents. Dommage.