"Le Petit Prince" est un film d'animation franco-américain (et en plus il a une touche de France en lui, on peut être fier !) signé Mark Osborne et adapté librement de l'œuvre de Saint-Exupéry. L'histoire est celle d'une petite fille
de 9 ans, "un peu précoce" sur les bords, qui, poussée par sa mère, obsédée à l'idée de faire d'elle une adulte exemplaire, se prépare à entrer dans une académie de renom afin de faire de grandes études et ainsi entrer dans le monde des grands. Un jour, dans ce quotidien programmé précautionneusement minute par minute, la petite fille est interrompue par l'atterrissage involontaire d'un avion en papier sur son bureau; ce dernier appartenant au voisin, un vieil aviateur fantaisiste. Le jour suivant, alors que la fillette souhaitait rendre l'avion à son propriétaire, elle découvre au contact du voisin une histoire passionnante, celle du Petit Prince. Au fur et à mesure, la jeune enfant va très vite prendre goût à ces "escapades" jusqu'à ne plus vouloir devenir adulte
. Voilà pour le pitch global. Et honnêtement "Le Petit Prince" est vraiment un film d'animation fantastique, à tous les niveaux; d'une maturité et d'une intelligence ahurissante, c'est une vraie boule de chaleur pleine de tendresse, d'émotion,d'amitié, de pureté et de leçons de vie extrêmement philosophiques ! A simplement vouloir partir de cette thématique qui est l'appréhension des enfants quand à leur avenir et le fait de devenir adulte, le réalisateur nous emmène littéralement dans les étoiles pour une aventure au pays de l'enfance, de la fantaisie et de l'innocence, thème auxquels Mark Osborne fait littéralement une déclaration d'amour élogieuse toute en poésie avec une profondeur émotionnelle exceptionnelle ! L' histoire est très bien racontée, elle est prenante et passionnante et pourra toucher un très large public puisqu'elle parle de choses universelles. L'histoire du film est très très bien pensée, la ou les histoires même car on a à la fois l'histoire de la petite fille contrariée par son devenir incertain d'adulte et dans un second temps, l'histoire du Petit Prince racontée par l'aviateur, et les deux sont parfaitement et logiquement reliés par le passage d'une animation à une autre entre l'animation 3D traditionnelle et une animation "papier" image par image en stop motion en alternance tout au long du film et de cette manière on arrive à faire la différence entre la fiction et la réalité du film. Le film nous garde en haleine tout du long des 1h45 grâce à une bonne narration et pour une fois, le fait qu'à pas mal de moment le rythme diminue pour laisser place à des séquences plus contemplatives ne gêne pas du tout. L'ambiance est elle aussi des plus intéressantes, jonglant avec l'humour et toujours un aspect dramatique poignant très présent, au service de la dramatisation et de l'identification. C'est progressif, étape par étape, bien dosé en sachant que les 30-40 dernières minutes laissent beaucoup plus la place à l'aventure avec
la petite fille partant à la recherche du Petit Prince
. Les personnages sont très intéressants à décortiquer. Déjà, d'entrée de jeu, la première chose qui nous interpelle et pas des moindres c'est le détail suivant : les personnages ne sont à aucun moment nommés dans l'intrigue. Et on rattachera immédiatement ce choix qui peut paraître surprenant au fait que le réalisateur à voulu que l'histoire puisse parler à tout le monde et ainsi interpeller n'importe qui. La fillette, la mère, l'aviateur... Cette volonté de les rendre anonymes permet efficacement à n'importe qui de se refléter en eux et de s'identifier à leur personnalité, leurs angoisses, pour être au cœur du débat. Ensuite le fait de "programmer" la vie d'une enfant jusqu'à l'âge adulte via un emploi du temps surchargé pousse à l'extrême l'absurdité de la chose. Et plus absurde encore c'est cette pauvre enfant accomplissant déjà des tâches réservées aux grandes personnes qui, parce qu'elle est rêveuse, est considérée comme une "erreur", une anomalie dysfonctionnelle du système dans une société à l'ambiance pessimiste au possible, où l'être humain adulte est tellement conditionné par son travail routinier mécanique qu'il en perd totalement toute humanité pour n'être finalement qu'une machine, un robot....même un zombie (dans la deuxième partie du film lorsque
la petite fille s'arrête en avion sur la "planète des adultes" et ou l'on voit des gens tous habillés du même costume de fonctionnaire, marchant droit et dans la même direction
), le tout appuyé par le décor, un lotissement symétrique au centimètre près avec les mêmes maisons carrées blanches. Le personnage de l'aviateur est terriblement attachant lui aussi, de par son désespoir de trouver personne qui puisse croire et partager ses histoires, puis le fait qu'on le voit petit à petit retrouver la joie de vivre au contact de la douce enfant. Il est l'adulte idéal en quelque sorte et porte-parole de la morale du film selon laquelle pour devenir adulte, il ne faut pas tourner le dos à l'enfance et oublier la fantaisie, c'est un très beau message. D'une très belle manière, c'est le Petit Prince qui réunit le vieil homme rêveur et la petite fille. Côté doublage, on saluera les prestations d'André Dussollier, Florence Foresti, les voix secondaires mais toutes aussi importantes de Vincent Cassel, Marion Cotillard et Laurent Lafitte. C'est peut-être le plus incroyable, ce film n'est ni un Pixar, ni un Disney, ni même un film de Miyazaki qui est pourtant connu pour nous pondre des œuvres d'une grande profondeur, et pourtant, "Le Petit Prince" a tout autant d'impact ! Impact émotionnel qui en plus est servi par une bande-son à laquelle Hans Zimmer a participé à l'élaboration (pas besoin d'en dire plus). Pour conclure, tel un uppercut dans les dents, "Le Petit Prince" est un film d'une maturité et d'une philosophie tellement profonde, et d'une poésie absolument merveilleuse. Un film d'animation à voir absolument, ainsi qu'une adaptation merveilleuse, profondément belle et poétique, de l'œuvre de Saint-Exupéry, qui fait d'ailleurs clairement partie du top 10 de mes classiques de littérature préférés au monde