Qui n’a jamais entendu parler du célèbre Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry? Sans doute personne. La petite histoire devenue grande, celle de l’humanité vue par un grand Monsieur, une poésie universelle enseignée de par le monde entier, pur produit d’une littérature française dans ce qu’elle fît de meilleur, du moins en s’adressant à la prime jeunesse. Si comme tout le monde, j’ai lu où écouter le Petit Prince, je ne m’en souviens pas, pour tout vous dire, il n’en demeure pas moins que me plonger, ou me replonger, dans l’univers de ce petit bonhomme, rose et renard à l’appui, ne m’emballait pas plus que tant. Qu’importe l’invitation, un savoir-faire technique impeccable au service d’un film d’animation dans ce qu’il a de plus moderne, la poésie ne me tentait alors pas vraiment. Mais voilà qu’un bout jour, un bel après-midi neigeux, je me lance et redécouvre le mythe, si tant est qu’on le considère ainsi.
Le moins que l’on puisse dire du film de Mark Osborne, impeccablement doublé en langue de Molière, ça mérite d’être souligné, c’est qu’il est habile, tant dans sa manière de détourner, juste un peu, l’original que dans la maîtrise de l’animation déployée par le studio. Sur deux plans, animation standardisée aux textures fastueuses et mouvements d’une précision horlogère ou Stop Motion charmant, techniquement, Mark Osborne livre une toute belle démonstration. Sans doute, de ce point de vue-ci, le plus bel exercice de l’année fraîchement écoulée. Oui, mais comme ne le savons tous, le visuel ne fait pas tout, de loin s’en faut.
Donc, coté narration, quand bien même le film soit poétique à souhait, on ne parvient jamais à réellement entré dans le sujet, trop disparate, trop évasif. C’est sans doute en tentant une modernisation du récit, une remise au goût du jour qui s’adresse à la fois à l’adulte, ex-enfant, et à l’enfant d’aujourd’hui, qu’Osborne s’est légèrement pris les panards dans un coin de tapis. Oh, rien ne saute pourtant aux yeux. En fait, tout semble millimétré, tout semble tendre vers l’émergence d’une émotion la plus brute qui soit. C’est pourtant à quelques centimètres à côté de la cible que passe ce Petit Prince version 21ème siècle, habillé sous les formidables artifices de la technologie contemporaine mais ayant perdu toute la force philosophique de son propos.
Tout part donc d’une très bonne intention, louable car plus ou moins respectueuse des écrits de l’aviateur. Mais tout s’égare assez rapidement, explorant des pistes qui ne mèneront pas vraiment à la destination souhaitée. Quoiqu’il en soit, même si sensiblement vaporeux, ce petit prince mérite d’être vu, s’agissant de l’un des cinq meilleurs films d’animation de l’année 2015, c’est dire la concurrence. 11/20