Une claque majeure dans ma vie de cinéphile. Un vendredi soir en troisième partie télévisuelle, sur France4, un film de Denis Villeneuve, précédent de l'excellent "Prisonners" que j'avais vu en salle. Tentant de ne pas tomber dans le piège d'un résumé peu engageant venant du guide de ma box internet, je fais abstraction des à-priori naissants dans mon esprit.
Le film, avec la scène dans l'office notarial, démarre comme je le craignais : image trop sombre, dialogues longuets, absence de réelle mise en scène, une impression de sur-jeux des acteurs dû à l'accent québécois. Et puis cette mauvaise impression générale s'efface, on comprend que les enjeux du film viennent de nous être livrés, et la mise en scène, qui se révèle finalement sobre et efficace, nous montre le caractère tragique de cette histoire. Car il s'agit bien de cela, une tragédie grecque !
A travers le processus du flash-back, le film raconte en parallèle, d'une part, l'enquête menée par des jumeaux, Simon et Marwan, pour retrouver un père qu'ils n'ont pas connus et un frère dont ils ignoraient jusqu'à l'existence, et d'autre part nous montre, dans un pays du Moyen-Orient jamais cité mais qu'on pourrait identifier au Liban des années 80, le destin d'une femme, Nawal, la mère des jumeaux, qui cherche à fuir la guerre et ses persécutions. Lubna Azabal, qui interprète Nawal est juste sidérante en femme guidée par la rage de survivre et par la force de l'amour qu'elle voue à ses enfants. L'actrice incarnant sa fille est, elle aussi, très juste lorsqu'elle découvre en même temps que nous l'histoire de cette mère dont elle ignorait le passé. Je serai plus critique sur le jeu de l'acteur interprétant son frère jumeau, néanmoins, cela ne gâche pas l'ensemble heureusement.
Plus le film avance et plus les jumeaux vont de révélations en révélations, la tension monte peu à peu à travers des scènes extrêmement émouvantes et/ou nerveuses (fusillade, violence, torture), qu'ils finissent eux-mêmes par côtoyer un danger qui leur semblait si loin vu du Canada. On sent arriver le pire lors d'un twist final simplement montré dans un regard de compréhension et d'horreur, et le pire...est encore pire que ça !
Une claque monumentale comme je n'en ai pas pris souvent devant un film. Et depuis bien longtemps.