Pas revu depuis sa sortie en 2011, Incendies premier film réalisé par l'excellent réalisateur canadien Denis Villeneuve (Prisoners, Enemy) ne m'avait pas trop marqué à l'époque, mais la sensibilité et l'appréciation des goûts changent, en bien heureusement. Villeneuve s'est inspiré pour la réalisation de son premier film à la pièce de thèatre Incendies de Wadji Mouawad, qui fût elle-même inspirée de la vie de Souha Bechara. Ce film nous dépeint une histoire extrèmement tragique. Celle de Simon et Jeanne Marwan, jumeaux, dont la mère Nawal Marwan, vient juste de décéder, et a demandé au notaire pour lequel elle a travaillé comme secrétaire pendant 18 ans, de confier une mission à ses 2 enfants en guise d'héritage. Simon doit trouver leur frère, dont il ne connaissait même pas l'existence, et sa soeur Jeanne, elle doit retrouver son père censé être mort il y a au moins une dizaine d'années, mais qui n'est qu'un mensonge, car la vérité était trop lourde à porter. Nawal, en effet, à travers la quête post mortem de ses jumeaux, cherche l'expiation de l'honneur qu'elle a bafoué au sein de sa famille chrétienne, d'origine, dont elle sera exclue après l'accouchement de son premier enfant, avec un partisan musulman, donc ennemi de la famille et de leurs valeurs, dans cette contrée qui fut en proie aux révoltes, et aux combats religieux, que fût le Moyen-Orient. Simon et Jeanne vont devoir remonter jusqu'à leur origine pour connaître la tragique vérité. Villeneuve filme des plans larges d'une grande efficacité, impose un réalisme subjugant, exploitant les magnifiques décors du territoire, avec une magnifique photographie, dépeignant, par stade de flashback la vraie vie de Nawal Marwan, qui tentera tout pour retrouver son premier fils, né d'un amour interdit, et nommé Nihad "de Mai" (date à laquelle il est inscrit sur le registre de l'orphelinat de Daresh, Cette mise en scène entre période de flashback, et en parallèle avancement de la quête de Jeanne, puis celle de Simon à découvrir la vérité, maintient complètement le spectateur en haleine. Le réalisme traduit sur le visage de nos 2 jeunes acteurs jouant les jumeaux, est d'une grande efficacité tant il nous fait prendre conscience qu'ils ne savent pas jusqu'où tout ceci, va les emmener et qui était vraiment leur mère et qu'a t elle vécue.
Mais au fond "Un plus un, ça peut-tu faire un" ?
La rage, et la colère traduite par les scènes de piscine (d'abord apaisante, tranchant complètement avec la guerre dépeinte durant le périple de Nawal) est exceptionnelle tant elle dévoile toute la rage (la course en nage papillon, volonté de se défouler), mais aussi la tragédie révélée aux différents niveaux lorsque les vérités et révélation sont établies que ce soit pour les jumeaux, ou pour leur mère. C'est une parabole justement qui contraste magnifiquement avec le titre 'incendies" et l'affiche d'un autobus en feu. La subtilité de Villeneuve à nous dépeindre cette histoire, telle une tragédie grecque
(viol incestueux)
par le cheminement de sa mise en scène est époustoufflante, et l'on ne peux rester stoïque face aux révélations, qui sonnent comme un glas de compréhension mais surtout de liberté pour Simon, Jeanne et la défunte Nawal, face à toute cette vie c(g)achée par, pour Nawal et, la récompense est le pardon par ses 2 jumeaux respectifs, et son fils Nihad "de mai". La vérité est faîte, le fil de la haine est coupée. Exceptionnel et sublime. Décidemment Denis Villeneuve, et David Fincher me confortent dans l'idée que ce sont tous les 2 à leur manière, de grands réalisateurs.