Pourquoi fait-on du cinéma?
Ouvrir ou fermer les espaces? Chercher ou trouver des réponses? Traverser ou rencontrer.
Ce film est une grande tragédie contemporaine, qui se déroule sur plusieurs continents. Ce film tient à une capacité à trouver sa fin dans son origine, de revenir à l'endroit d'où il était partie, en ayant fait une grande passage par l'extérieur. Une traversée, un périple, durant lequel les protagonistes partent retrouver leurs origines familiales. Cette recherche se déroule sur un territoire du Moyen Orient (probablement le Liban: mais le réalisateur semble ne pas vouloir le nommer pour ne pas avoir à traiter l'historicité de conflit dans ce pays) ayant été en guerre dans les vingts dernières années. S'en suit une fresque intéressante, où l'on se met à suivre des personnages dans leur rencontres des uns et des autres.
Toutefois cette structure narrative tend au manichéisme. Ce réalisateur à une obsession constante de trouver la faille dans l'origine. Le ver est forcement dans la pomme. C'est aussi son point de vue sur la religion qui devient laçant, oui pour une fois dans un film fait en 2011 ce ne sont pas des musulmans qui ont des armes dans des films, mais bien des chrétiens qui sont tout aussi monstrueux que d'autre lorsque ceux-ci sont fanatique.
On constate qu'après ne pas avoir voulu nous faire la leçon d'histoire sur le Liban, il nous la fait sur la leçon de morale, sur le qui juge qui dans notre société.
Un manichéisme emprunt de morale, qui se retrouve au fond de son cinéma.
Son cadrage alterne entre originale et fragmenté, ou contemplatif et objectif. Denis Villeneuve est un cinéaste qui se prouve à chaque plan qu'il est bien un cinéaste et qu'il trouve les moyens de nous le signifier dans chaque plan. Une volonté d'affirmer un point de vue qui n'apporte rien ni au cinéma, ni au film. Le film se retrouve emprunt d'une charge technique cinématographique qui alourdi notre lecture, et à chaque plan nous exclut du film.
Le premier plan du film est l'affirmation d'un abus télévisuelle. Une tourmente pour le spectateur. Ne sachant pas ce que nous regardons, nous hésitons entre un clip de MTV pour la dernière chanson de Radiohead et/ou un document sur une ONG au Magreb qui récolte des fonds de financements.
Dès le début nous ne sommes déjà pas dans un film, mais dans l'instrumentalisation d'un conflit (géopolitique, armée) pour la défense d'un point de vue, d'un désir de cinéaste.
« Il se pourrait que tous les sujets naissent libres et égaux en droit ; ce qui compte, c'est le ton, ou l'accent, la nuance, comme on voudra l'appeler – c'est-à-dire le point de vue d'un homme, l'auteur, mal nécessaire, et l'attitude que prend cet homme par rapport à ce qu'il filme, et donc par rapport au monde et à toutes choses [...] Il est des choses qui ne doivent être abordées que dans la crainte et le tremblement » Jacques Rivette, dans De l'Abjection.
Toutefois on retient la présence de Loubna Azabal, qui incarne un rôle multiple et clairement bien interprété.
Nous nous demandons juste, si seulement deux actrices d'origine arabe (avec Hiam Abbas) ne peuvent jouer des films où les héroïnes occupent des places prépondérante et décisifs, dans le cinéma international?