Cette année a déjà été riche en très bons films, mais il manquait lechoc, le véritable coup de foudre. Le voici donc ! "Les Amours imaginaires" se place donc en tête des films de l'année, et il me semble difficile à battre, ou alors je serai plus que comblé si un réalisateur arrivait à me toucher autant que vient de le faire Xavier Dolan. Ils sont très rares les films qui savent vraiment exprimer ce qu'il peut y avoir au fond de nous (ou tout du moins de moi), "Les Amours imaginaires" est de ceux-là.
Xavier Dolan a su capter comme personne ces amours rêvés, fantasmés. Cette passion qui naît comme ça, d'un rien. Ces petits gestes interprétés à notre guise, ces regards qui ne peuvent se détourner de l'être aimé et qui scrutent les moindres détails de son corps, ces rêves que l'on s'imagine. Cette jalousie qui nous prend quand notre amour est trop proche de quelqu'un d'autre. Ce drame qui nous envahit quand l'être fantasmé s'avère peut-être moins amoureux qu'on ne l'imaginait, qu'il s'éloigne de nous, jusqu'à la tragédie du refus catégorique. Dolan fait donc passer ses deux personnages principaux (un jeune homosexuel et sa meilleure amie, tous deux amoureux d'un jeune séducteur "belle gueule") par tous ces sentiments, et nous avec eux. Il teinte également sa plongée dans ces amours imaginaires d'une certaine (auto)dérision, comme un regard extérieur peut les voir, exagérés, incompréhensibles. Le génie de Dolan est justement, pour les deux personnages principaux, d'avoir réussi à combiner les deux regards, à la fois extérieur, plein d'humour (Dolan a une plume magnifiquement drôle de dialoguiste), et intérieur, nous faisant plonger au plus profond de leurs sentiments.
Dolan film ces "Amours imaginaire" avec un esthétisme magnifique et bluffant. Certains trouveront peut-être ça trop marqué, moi j'adore ça ! A l'image des-dits amours, son film est imaginaire, comme s'il pénétrait à l'intérieur de notre tête pour nous offrir un rêve. Les ralentis et les gros plans sont comme notre esprit qui se focalise sur certaines choses. Dolan, qui a également chaperonné les costumes et la direction artistique, a également su créer un univers réaliste mais presque irréel, très stylisé. Pour parfaire son rêve, il choisit une bande son en adéquation totale avec les sentiments de ces protagonistes.
Malgré ses multiples casquettes, Dolan se montre impeccable dans un rôle dont la part autobiographique est surement très grande. Dans son interprétation de la copine/rivale (au passages les coups bas entre les deux sont tout simplement irrésistibles !), Monia Chokri épate, et sait être tour à tour drôle (notamment par son style 50's) et touchante. Quant à Niels Schneider, il est parfait dans le rôle de la gueule d'ange, presque irréelle.
On peut donc dire que mon imaginaire est tombé sous le charme de ces "Amours", qui sont pour moi la révélation d'un jeune mais non moins talentueux réalisateur (car je n'ai toujours pas vu "J'ai tué ma mère", mais j'ai plus que jamais envie de réparer cette lacune au plus vite !)