Le film est adapté du livre autobiographique éponyme (1949) de Curzio Malaparte (1898-1957). Il a été tourné, notamment, dans sa villa de Capri (1938-1943), à flanc de falaise, où fut tourné, plus tard, des scènes du « Mépris » de Jean-Luc Godard [villa louée par le producteur Jeremy Prokosch (Jack Palance)] et qui appartenait, alors, à la République Populaire de Chine. Il y avait là un sujet en or concernant l’arrivée de l’armée américaine, débarquée à Salerne, le 9 septembre 1943, notamment celle du général Mark Clark (renommé Mark Cork, interprété par Burt Lancaster, 68 ans), à Naples, après que les Napolitains ont chassé les Allemands au cours des Quatre journées de Naples (27 au 30 septembre 1943) : à savoir le comportement des vainqueurs, à la masculinité toxique (
fréquentation des bordels, voyeurisme, obsession des Afro-Américains pour les toisons pubiennes blondes
), odieux, racistes, se mettant en scène et filmant leur gloire, et des vaincus prêts à tout pour survivre (
prostitution, y compris des enfants, cannibalisme, spéculation sur le poids des prisonniers allemands en vue de leur échange
). Qu’auraient-fait d’un tel sujet, des réalisateurs comme David Lean [« Le pont de la rivière Kwaï » (1957)] ou Anthony Minghella [« Le patient anglais » (1996)] ? Liliana Cavani a choisi (et/ou Malaparte) de choquer et provoquer ; pourquoi pas car il ne s’agit pas de montrer la guerre en dentelles, mais le film, hybride entre l’onirisme de Federico Fellini et la crudité de Pier Paolo Pasolini, n’est pas réaliste, restant théâtral voire grotesque, tout en manquant de concision (il dure 2h11) : outre la convention que tout le monde parle italien, y compris les Américains, Marcello Mastroianni (57 ans) qui joue Malaparte (officier de liaison auprès des Alliés) de façon minimaliste, Claudia Cardinale (43 ans), qui joue, façon potiche, la princesse Consuelo Caracciolo, maitresse de Malaparte et l’aviatrice Deborah Wyatt, femme d’un sénateur américain, personnage sans grand intérêt narratif, tout comme l’amourette entre le capitaine Jimmy Wren et la jeune napolitaine Maria,
encore vierge
. Sans oublier les trucages grossiers concernant les prises de vue « aériennes » de l’avion de Wyatt
ainsi que son crash
, et l’éruption (sa dernière) du Vésuve en mars 1944.