C'est une première incursion dans le film noir, avec les bases de tous les codes qui feront de ce genre.
On suit ce détective désabusé, jouant un jeu dangereux sur la corde raide, avec les flics, les truands, et les femmes fatales, il se laisse manipuler, il se laisse trahir, il se laisse aller au jeu du chat et de la souris, un jeu dangereux qui pousse le spectateur à suivre cette enquête, ce demandant où tout cela va mener.
Ce n'est pas un héros, lisse, il est cynique, intéressé dans un premier temps par l'argent, séduit par la belle inconnu, puis, se prête au jeu des gangsters, et nous, pauvre spectateurs, on se demande ce qu'il cherche à faire, ou est-ce qu'il veut nous emmener. Et tout cela est possible, parce que c'est Bogart qui s'y colle.
Avec un visage qui peut montrer le dégoût avec une aisance rare, un visage sympathique lorsqu'il se met à rire face au petit truand interprété par Peter Lorre, une attitude dédaigneuse face à la femme fatale, un peu lâche face à la veuve épeurée de son coéquipier, dont on comprends qu'il a été l'amant. Rien ne nous ferait nous attacher à ce personnage, et voilà le tour de force de John Huston, nous présenter un héros antipathique, et arriver à nous le rendre attachant et même séduisant.
C'est toute la force de ce polar magnifiquement photographié, qui nous plonge dans l'univers des films noirs avec une jubilation incroyable, car, ce film ouvre la porte à beaucoup d'autres qui vont suivre, pour notre plus grand plaisir.