Un film découvert par hasard sur Arte, surprenant, une vraie pépite, qui arrive à aborder le thème de l’évolution du féminisme sur les 50 dernières années, en s’appuyant sur la petite histoire d’une femme libre, moderne indépendante qui élève seule ses deux filles (très bien joué par Iréne Jacob).
Cela commence comme une comédie de mœurs « déjà vu » 100 fois. Mais très vite la fille ainée, Lucie qui travaille aux archives d’une chaine de TV va découvrir le rôle des féministes suisses dans les années 70 : lutte pour le droit de vote des femmes ( en Suisse 1971 !) , droit à l’avortement, amour libre , engament politique, et pour les plus radicales, passage à l’action tendance lutte armée RAF.
Lucie va découvrir qu’une des égéries de ces luttes du passé est un personnage bien connu de sa famille.
IL y aura même la découverte que cette jeune femme a séjourné dans la commune AAO , du gourou Reichien Otto Muehl, des années 70, bande d’actualités à l’appui captivante. Sur le sujet de l’ AAO , il y a eu récemment l’excellent film « Le Gourou et les enfants » de Christoper Roth, à voir. .
Les bandes d’actualité de l’époque nous permettent alors de naviguer entre la « grande histoire » et l’histoire de cette famille, très intelligemment.
Une intrigue familiale va alors se jouer, avec des twists à rebondissement, crédibles et très astucieux, comme une enquête policière menée par les 2 sœurs qui s’improvisent « détectives »
Il y aussi un côté burlesque, beaucoup d’humour un peu transgressif, principalement grâce à la petite sœur de 13 ans magnifiquement joué par Paolina Biguine, impertinente, coquine, une sorte de Zazie des temps modernes, qui appuie là où ça fait mal, avec des dialogues caustiques. Mais bien sûr c’est l’interprétation de Adèle Haeanel qui est époustouflante, son visage capte la lumière , ses moues nous émeuvent , il y a une puissance dans son jeu assez unique, un peu à la mode d’un Rafael Quenard chez les garçons . Différente, illuminée, atypique. Quel dommage pour le choix qu’elle a fait.
L’épicentre du film est quand même le féminisme, car la jeune fille actuelle, Lucie, doit comparer ses idéaux avec ceux des féministes des années 70, et ce n’est pas toujours évident. La situation a changé, les conditions aussi .
Ce qui était « libération » à l’époque ne l’est plus, et à l’inverse , ce qui était « conformisme ringard » est parfois à la mode aujourd’hui.
Un film de réflexion, pas didactique du tout , ni manichéen . Très intelligent.