Globalement d'accord avec l'analyse pertinente d'alexisrucher, cependant nous sommes restés sur notre faim quant à l'interprétation d'Audrey Tautou, trop indifférente et détachée alors que la sensibilité d'Emmanuelle Riva crevait l'écran. Miller a escamoté la scène où Thérèse est à deux doigts du suicide, bizarre option. A contrario, le personnage de Gilles Lellouche laisse apparaître des failles dans ses certitudes, notamment dans la dernière scène au café, et mention bien également pour Anaïs Demoustier, les seconds rôles sauvent la trame psychologique du film. Il faut également remarquer le caractère trop lisse et propre des décors et de l'époque choisie : trop belle lumière, trop de luxe affiché dans les maisons et les costumes, alors que Franju a choisi un climat glauque et quasi-contemporain, peu flatteur pour cette minable bourgeoisie locale. En résumé, le remake souffre de l'original, mais accroche une mention bien, peu aidé par un roman dont le manque de rythme en seconde partie ne rend pas l'adaptation facile.
Certe, le film peut paraitre un peu long mais le déroulement psychologique de chaque personnage mais surtout celui d'Audrey Tautou, merveilleusement bien joué, doit etre amené tout au long d'un parcours calculé jusqu'au moment où tout doit enfin changer, bouger sans savoir comment faire. Une époque où la possession de la terre et le mariage arrangé dans ce but, pouvait finalement détruire une personne, une famille tout en gardant bonne figure. J'ai été pris par ces personnages (Gilles Lellouche est pas mal non plus) et ce déroulement de vie.
Au début de Thérèse Desqueyroux, deux adolescentes partagent leur amitié. Puis, on les retrouve quelques années plus tard, devenues adultes dans la peau de deux autres actrices. Mais surprise, l'une d'elles, Audrey Tautou, a en fait 11 ans de plus que l'autre et ça paraît. Ce n'est qu'un détail, bien sûr, mais il est révélateur de cette adaptation du roman de Mauriac, où bien des détails sonnent faux. Claude Miller a terminé sa belle oeuvre par un film très décevant et très académique. Lellouche n'a pas la rondeur médiocre qu'avait Noiret dans la version de Franju, de sorte qu'on a un peu de mal à comprendre comment sa femme a pu arriver à le détester autant. Le montage traîne les pieds et on bâille un peu. Dommage!
On aimait bien Claude Miller et sa mort nous a causé un vif chagrin. Heureux cependant de voir que ce projet qui lui tenait tant à coeur - adapter au cinéma le roman de Mauriac - s'est bel et bien réalisé. Certes on peut rester sur sa faim à la vue de ce dernier opus. Il faut dire qu'il est difficile de succéder à Georges Franju dont l'adaptation - qui date de 1962 - constitue un bel exemple de fidélité en même temps que d'intelligence filmique. Claude Miller a renoncé à la structure si particulière de l'analepse, traduisons, en langage cinématographique, du flashback. La présentation linéaire de l'intrigue est certes défendable, mais nuit sans doute au rythme du film. Par ailleurs, la dimension satirique - si présente dans l'oeuvre de Mauriac - fait ici quelque peu défaut ou alors se confond avec une caricature aux traits sans finesse. De ce point de vue, l'interprétation de Gilles Lellouche ne laisse que peu de place à la subtilité mauriacienne. Mais là encore difficile de succéder à Philippe Noiret qui avait su jouer le rôle de Bernard avec tout le détachement et l'ironie dont il était capable. Heureusement il y a l'admirable Audrey Tautou qui EST pleinement Thérèse. Sans emphase, mais avec cette sobriété que l'on apprécie tant chez elle. Claude Miller sait la filmer en gros-plan: elle apparaît alors dans toute son expressivité, avec les moindres nuances qui rappellent que l'on a affaire à l'un des chefs-d'oeuvre du roman psychologique. Claude Miller - comme Bergman ou comme tant d'autres réalisateurs - aimait mettre en scène les actrices. Il le prouve une dernière fois en donnant à Audrey Tautou un rôle essentiel dans sa filmographie. Et pourtant on ne saurait oublier l'admirable Emmanuelle Riva avec laquelle du reste celle qui fut Amélie Poulain présente quelque ressemblance.
Fidèle adaptation du livre , mais je n'ai pas trouvé qu'Audrey TAUTOU était dans son meilleur rôle, par contre la prestation de gilles LELLOUCHE est très bonne et il incarne vraiment bien le poids de la famille et de la tradition.
Claude Miller signe avec Thérèse Desqueyroux un long métrage qui se veut l’analyse d’un processus psychologique mais qui rate un peu sa cible. Reste un joli témoignage sur cette époque. Plutôt élégant mais finalement un peu vain.
Honnête adaptation du livre de François Mauriac, ce dernier film de Claude Miller ne fera pas partie des pépites de son œuvre. Le classicisme de la forme nous empoisonne peu à peu et nous enferme dans une vision simpliste de la province bourgeoise des années 20, sans que l'on ressente vraiment l'amour-haine mauriacien pour ce conformisme étouffant. Audrey Tautou et Gilles Lellouche sont parfaits et nous sauvent de l'endormissement final où la répétition des scènes avait fini par nous plonger.
Bon film d'auteur, Tautou est magnifique dans ce rôle ce genre de film lui vont très bien. Lellouche est bon aussi. Ce n'est pas un personnage facile à joué il est dure, très psychologique, complexe, perdu dans ses pensés bravo à Tautou. Le film est bonne critique de la bourgeoisie de l'époque en général, les mariages pour les terres, l'argent, l'amour n'est qu'un détaille sans importance. Bon je vais pas trop en dire quand même.
"Thérèse Desqueyroux" n'est pas un film désagréable, loin s'en faut. C'est un film lumineux et porté par l'interprétation des rôles secondaires (comme Anaïs Demoustier ou Catherine Arditi dans le rôle d'une marâtre). Là ou le bat blesse, c'est dans l'interprétation du couple principal, Audrey Tautou et Gilles Lellouche. Dans la première demi-heure du film, la lourdeur des dialogues qu'ils récitent donnent l'impression qu'ils ne sont pas là: tout sonne à peu près faux. Dans la seconde partie du film heureusement, le rôle finit par les habiter (enfin!) Adapté d'un roman de François Mauriac, "Thérèse Desqueyroux" souffre de son académisme monstrueux. Les cadrages sont étouffants et bien proprets, et l'image fait parfois carte postale (moins que l'affreux "La Fille du Puisatier" cependant). Le film sent comme un vieux livre. La côté littéral du film est ici accentué par de nombreux plans clichés (Tautou cachant son reflet avec sa main ou venant humer la pluie tomber sur son visage, waouh) et une musique constitué presque intégralement que de piano (un même motif répété encore et encore) et qui arrive pour souligner ce qu'on sait déjà (et ces innombrables fondus au noir, en 2012, franchement). Certes, ces partis pris entrent en cohérence avec la vie rangée et morne du personnage de Tautou, mais quand même, un peu de surprise et de vivacité auraient été les bienvenues. Dommage également que le film ne se contente de faire le porte voix d'un discours sur l'émancipation de la femme mille fois vu. Le dernier film de Claude Miller aurait gagné à être moins poussiéreux, car si la ballade n'est franchement pas déplaisante, elle reste tout de même bien lourde.
Source: Plog Magazine, les Critiques des Ours http://lescritiquesdesours.blogspot.fr/2012/12/therese-desqueyroux.html
un film qui vous fait bouillir de l'intérieur.... et dire que des femmes ont vécu cette époque et il n'y a pas si longtemps.... toute l'ambivalence de cette femme, l'amour de cet homme pour elle, mélangé au poids de sa culture familiale. Très ..... prenant, émouvant, ....dérangeant?
Un film testament probablement, d'un cinéaste qui s'est particulièrement intéressé aux personnages féminins (Mortelle randonnée, L'Effrontée, La Petite Voleuse, L'accompagnatrice, La Petite Lili, etc.). La gageure est réussie. Le cinéaste a choisi le parti pris de l'académisme, quitte à faire preuve de modestie créative, et c'est certainement le bon choix s'agissant de mettre en scène une des grandes œuvres littéraires du XXe siècle (à lire ou relire) Thérèse D reste une référence toute à la fois romanesque et féministe avant l'heure; Audrey Tautou l'incarne avec retenue ou au moins sobriété mettant l'accent sur une Thérèse introvertie, trait de caractère peu avancé dans l'analyse de la complexité de ce personnage.