Kull, le conquérant — mais de quoi au juste ? Dans ce sabre émoussé signé John Nicolella, ce n’est pas un trône qu’on conquiert, c’est un vide. Un vide somptueusement décoré de faux marbres, de cuirs huilés, de regards vides. Kevin Sorbo, l’ombre peroxydée d’Hercule, traverse l’écran avec la noblesse d’un lutteur lassé — et la souplesse d’un meuble trop lourd. Il est roi, dit-on. Un roi sans royaume, sans cap, sans chair. Un roi d’images.
Tia Carrere, vamp sortie d’un autre âge, ensorcelle parce qu’on le lui demande. Akivasha, prêtresse goule sortie de la naphtaline. Elle danse, elle susurre, elle meurt. Kull est trop pur pour elle. Kull est trop pur pour tout. C’est ça le drame.
Car Kull le Conquérant, c’est un film qui voulait être Conan le Barbare mais qui finit par ressembler à une reconstitution de péplum dans un parc d’attraction. Même les flammes semblent avoir été tournées au ralenti. Même la magie n’y croit plus.
Le scénario ? Un tracé linéaire d’icônes viriles, trahison, oracle, vengeance. On vous promet des batailles, on vous sert des poses. Des regards entendus dans des décors en polystyrène. La fantasy comme décor de théâtre communautaire. Chaque mot prononcé semble peser un kilo de trop. Chaque souffle, une ligne de code de série Z.
Mais dans cette lente noyade, quelque chose résiste. Une sorte de naïveté cosmique. Comme un enfant qui joue au roi avec des rideaux pour cape. Une sincérité malhabile, mais sincérité quand même. Ce film ne fait pas semblant d’être autre chose. Il croit à ses monstres en caoutchouc. Il croit à son épée. Il croit que l’honneur est un muscle qu’on sculpte.
La lumière est baveuse, floue, poussiéreuse. Elle n’éclaire pas, elle dévore. L’image semble rouillée de l’intérieur. Le son ? Une trompette qui se prend pour un orchestre. Et pourtant… parfois, entre deux bêtises, un souffle barbare, une épopée cheap, une phrase qui claque. Quelque chose passe. Une mélancolie d’un autre temps. D’un cinéma qui croyait encore aux muscles comme à des réponses.
Kull, c’est la chute d’un empire imaginaire. Une tentative d’héroïsme empêchée par le carton-pâte. Mais une tentative quand même. Et c’est peut-être pour ça qu’on l’aime, un peu. Comme un mauvais rêve qui tient chaud.
Note : 7/20
Public cible : amateurs de nanars sincères, nostalgiques des VHS, curieux d’un âge d’or éteint avant d’avoir commencé.