Bien joué, Night ! Night Shyamalan nous offre encore une fois une double lecture du récit. Derrière un virulent pamphlet provoquant horreur et épouvante mais aussi grotesque et comédie à l'encontre de la vieillesse devenue sénile et psychopathe, se cachent en fait les erreurs de la jeunesse. Et le miroir, l'oeil, le regard sur soi est le fil conducteur du film, il en est problématique.
La première réflexion du film se résume à une violente sentence à l'encontre de la vieillesse, devenue régressive, énigmatique, épouvantable et puante. Les personnages, les grands-parents perdent rapidement la bienveillance propre aux vieux sages, en révélant une face complètement démente qui serait liée à l'âge. Mais ce côté sénile est mise en scène avec ironie et permet au spectateur de prendre du recul sur l'évolution du récit. On pourrait penser ainsi que Night Shyamalan attaque de front le troisième et quatrième âge, en prônant ce que désire la société américaine "la jeunesse éternelle". Les grands-parents sont par ailleurs forts et alertes.
Mais c'était sans compter sur le sens de la caméra et du miroir.
En effet, caméra sur l'épaule, found footage (caméra subjective) , les enfants, n'ont de cesse de visionner les scènes filmées, de se revoir sur l'ordinateur. La caméra joue au fond, comme le reporteur, une réponse à des questionnements. Elle joue un rôle, voire le rôle primordial des scènes, car elle sera aussi le témoignage de la violence horrible des actes.
Mais c'est le miroir qui aura tout son sens en renversant les situations. La jeune fille cherche la vérité sur les liens rompus entre sa maman et ses grands-parents. La caméra jouant aussi le miroir, en interviewant la famille, elle est censée mettre à nu les vérités de chacun.
Mais l'embuscade de la vieillesse déchue et aliénée n'est que le miroir de l'inconscience de la jeunesse et du refus du pardon. La mère envoie ses enfants à ses parents dont elle n'a jamais parlé ni montré de photos par fierté. Pardon, rupture familiale, sont finalement les sujets du film. Repousser "ses vieux", c'est finalement tourner le dos à sa propre vérité.