"The Visit", onzième long-métrage de M. Night SHYAMALAN : une sorte de résurrection.
Chacun se rappellera ici la baisse récente (assez vertigineuse) de régime artistique shyamalanesque : tel ce ratage navrant, sombrant rapidement sous son poids de ridicules, que fut "La jeune fille de l'eau" [2006]... suivie de ces deux machins improbables, issus du même tonneau vain/irregardable, que furent "Le Dernier Maître de l'air" [2010] et "After Earth" [2013], boursouflures "de commande" pas même risibles/visibles au 2ème ou 32ème degré... Et soudain, MIRACLE en Pennsylvanie !
Dans l'économie de moyens la plus stricte (merci à M. Jason Blum), nous voilà regrimpés au niveau d'inventivité de "Sixième Sens" [1999], "Incassable" [2000], "Signes" [2002], "The Village" [2004] et même de "Phénomènes" [2008], si déprécié par beaucoup, malgré ses qualités intrinsèques...
"The Visit" [2015] fera donc du bien... à tous les fans (parfois transis) du cinéma de Shyamalan que nous sommes, mais aussi aux autres ! Avec PLEIN d'humour, de créativité et de fantaisie en supplément d'âme...
Les cinq acteurs sont stupéfiants d'authenticité et donnent une fantastique crédibilité à leurs personnages (la maman foldingue, les deux ados complémentaires, les deux grands-parents "chelous")...
Ce qui frappe le plus fort ? La maîtrise totale d'un art et d'un savoir-faire : à la fois dans la mise en scène ET la direction d'acteurs. Professionnalisme ET inspiration, transparaissant en chaque plan. Sans parler du premier degré assumé.
On retrouvera bien sûr ces exceptionnelles qualités au rendez-vous des ultérieurs "Split" [2017] et "Old" [2021].
Une fois Shyamalan a donné (et donne toujours) ses lettres de noblesse au "cinéma de genre" : avec toujours plus d'humilité dans la démarche, ce malgré le côté vantard du cinéaste qui a, dans les années passées, évidemment agacé plus d'un Critikaquatique-Je-Sais-Tout (parigot ou new-yorkais). Voici un INVENTEUR qui nous impose son monde et ses obsessions personnelles (la famille, l'enfance, le trauma du passage à l'âge adulte, les psycho-traumatismes, la maladie, la sénescence, la mort) avec finesse et universalisme... Question de goûts personnels et d'authenticité !
Libre à nous, donc, de : (1°) nous barber assez systématiquement avec les énièmes supposés "chefs d'oeuvre" tricolores toujours aussi scénaristiquement plan-plan, platement filmées et démonstrativement ou hystériquement interprétés (ah, ces personnages "positifs" du film à thèse/thème !!!) de "notre" ciné franchouille/feignassant contemporain en toute son exténuante banalité/prévisibilité ("Alice et le maire", "La fille de Brest", "Ouistreham", "La loi du marché", etc. etc.), production sans envergure, pour nous décourageante/rageante mais invariablement très âprement défendue par une Critique parisienne ("pro", certes, mais à l'endogamie et aux conflits d'intérêt aveuglants, même si probablement inconscients) et (2°) d'être en parallèle enthousiasmé par la belle carrière du "modeste" artisan (certes "à melon", parfois : "Nobody's perfect !") qu'est le passionnant Monsieur SHYAMALAN, ce contrebandier fournisseur d'un "ciné indé" (fichtrement original) caché dans les plis de l'industrie cinématographique "à recettes" attendues/prévisibles...