"Le Cheik Blanc" est le premier film réalisé en solo par Federico Fellini. Il raconte l'histoire de Wanda, fraichement arrivée à Rome en compagnie de son mari Ivan pour y fêter leur lune de miel. Mais alors que celui ci attend avec impatience de présenter sa femme à sa famille elle disparaît subitement, partie à la rencontre de son idole : un héros de roman-photo à l'eau de rose surnommé le "Cheik blanc".
Ainsi Fellini se sert d'une tendance très criticable de l'époque pour réaliser une comédie à la structure plutôt classique. Celle-ci alterne les sequences d'Ivan à Rome, cherchant désespérement à sauver la face auprès de sa famille, et celles de Wanda au bord de la mer, en tournée photo avec la troupe du Cheik Blanc.
Les scènes du mari s'avèrent être de loin les moins intéressantes, la faute à un humour très convenu et aux mimiques ridicules de l'acteur principal qui finissent inévitablement par lasser (sa seule expression est un visage ahuri). Malheureusement on n'y retrouve pas la patte du réalisateur si ce n'est dans le choix de tourner a Rome, qui apparaît dans la plupart de ses œuvres postérieures . Cela est d'autant plus dommage que ces séquences interrompent l'arc narratif de Wanda, bien plus passionnant, dans lequel on retrouve tous les autres ingrédients des futurs chefs d'œuvre du cinéaste : Une jeune femme innocente et naïve dont le rêve est confronté à la réalité d'un monde hypocrite, l'amour du cirque et des ses saltimbanques déjà mis en musique par le génial Nino Rota, un goût prononcé pour le grotesque, l'envie de dévoiler les coulisses de l'univers du spectacle, l'onirisme qui se dégage de certains passages comme la rencontre de Wanda avec le Cheik blanc dans une forêt de pin, leur danse sur la terrasse d'un café ou le shooting photo en bord de mer. La mise en contraste du monde noble et romantique de Wanda avec l'univers burlesque et mensonger qu'elle découvre est particulièrement efficace et offre un meilleur potentiel comique que le reste du film. De plus Fellini n'hésite pas à tourner en ridicule la totalité de ses personnages, à commencer par son héroïne dont la naïveté sidérante donne lieu à des répliques merveilleusement drôles, bien que cela la rende aussi moins attachante que ses futurs personnages féminins.
Cependant si le film prend l'apparence d'une comédie légère et un peu naïve à l'image de ses personnages, et essaie de conclure sur une note positive, il porte néanmoins un regard assez pessimiste sur la société qu'il décrit. En effet Ivan est plus inquiété par son égo, sa réputation, et l'honneur de sa famille que par la disparition de sa femme. C'est peut être son manque d'amour mais aussi la personnalité romantique de Wanda qui la pousse à fuir sa vie banale dans une idylle . Mais une fois dans le rêve celui ci se révèle bien plus décevant que la réalité elle même, son innocence est trompée et son amour propre blessé par un vulgaire charlatan. En fin de compte Fellini critique certes ces romans-photos très en vogue à l'époque, mais encore plus les personnes qui y portent un intérêt, et l'hypocrisie de la société qui les y motive. A la fin du film la situation initiale n'a pas changé : Ivan parvient certes à sauver l'honneur familial mais n'a pas reconnu ses torts, Wanda a perdu son rêve et ne lui reste que la banalité de son couple.
En conclusion "Le Cheik blanc" est un très bon film de Federico Fellini. Une comédie divertissante qui au pire nous sert un humour convenu, au mieux nous laisse percevoir l'immensité d'un potentiel qui s'exprimera pleinement dans les films suivants du réalisateur. Sont déjà là les thèmes chers à Fellini et son univers poétique, ainsi que sa vision douce amère de l'humanité.