Voilà un biopic fait dans les règles de l’art, avec dans le rôle titre un acteur impliqué pour ne pas dire concerné, et très inspiré. Forest Whitaker est méconnaissable, je l’ai rarement vu aussi maigre, et est complètement englouti par son rôle. Il disparaît, et on ne voit que le majordome. C’est le genre de performance oscarisable que l’on voit de temps en temps à l’écran, et c’est super bluffant, en plus d’être agréable à regarder. En miroir, les autres sont relégués au second plan derrière tout au fond, et font de la figuration, tout le temps. Et le parti pris chronologique, n’aide pas à créer de la distance. Luther King, Kennedy, on connaît tous ces destins, et on ne les voit pas sous un jour nouveau. Je m’attendais à des trucs croustillants, des secrets inavoués, mais ça restera politiquement correct. Il est tellement obsédé par son personnage principal qu’il en oublie le reste. C’est le problème quand un créateur aime trop son modèle et n’arrive pas le transformer en vrai personnage. Il est vrai que le destin de cet homme est assez extraordinaire, et le film n’est qu’un hommage assez académique, voire consensuel, ça peut nous laisser sur notre faim. Les autres rôles pas assez fouillés, un scénario qui lorgne vers l’hagiographie pure et simple. Le sujet c’est le majordome, il faut se le tenir pour dit. Mais les présidents américains ? Je les trouve biens pâles à l’écran. Lee Daniels à un côté formaliste qu’il oublie là volontairement, pour faire ce qui ressemble à une commande haut en couleur, très grand public. A voir pour la performance stupéfiante de vérité de Whitaker, qui survole de très haut les débats.