"See what it is they need. Anticipate."
Partant d'un point de vue doublement nouveau pour explorer la seconde partie du XXème siècle de la politique des Etats-Unis, Le Majordome dresse un portrait à la fois naïf des différents présidents que le héros a pu voir défiler à la Maison Blanche et à la fois violent de ce pays profondément ancré dans un racisme total, dans le Sud bien sûr, mais aussi dans les milieux huppés de Washington.
Le Majordome propose un casting d'une incroyable densité où quelques grands acteurs et actrices blanches ont accepté de jouer des tout petits rôles (John Cusack, Robin Williams, Alan Rickman, Jane Fonda) aux côtés de Forest Whitaker, Oprah Winfrey (impressionnante), Lenny Kravitz, Cuba Gooding Jr, Terence Howard ou encore le trop rare Colman Domingo qui incarnera plus tard le militant noir homosexuel Bayard Rustin (Rustin, George C. Wolfe, 2023).
Si la réalisation est assez classique, pour ne pas dire académique, avec quelques ficelles émotionnelles faciles, il faut noter les parallèles visuels entre les scènes de révolte principalement non-violente et le cérémonial du service à table à la Maison Blanche, à travers ce que vivent, en opposition, un père et son fils, deux éducations, deux façons de faire reconnaître ses droits légitimes. La musique et, plus généralement, la direction artistique et les rares documents d'époque permettent de se fondre, parfois avec nostalgie, dans une fresque dont les deux principales qualités tiennent à son originalité de départ et à son interprétation.
Un film historique à voir absolument.