Une sacrée découverte, tardive, que ce film de Kaneto Shindo. Il se place dans la tradition ancestrale et légendaire des « Yokai », figures fantomatiques et mystérieuses, souvent associées à des animaux, qui peuplent le folklore populaire et la culture Japonaise. Le « Pitch » de ce film fantastique, orienté film de vengeance, assez simpliste, ne fait pas rêver, et l’on pouvait craindre des représentations grossières ou grandguignolesques. Et c’est tout le contraire. Dès la première scène, longue et muette, la qualité mise en scène saute aux yeux. Puis le film est soigné, construit, pensé, et génère des moments rares (je ne me souviens pas avoir vu ailleurs des problèmes de conscience ou des déchirements internes entre amour et devoir chez des fantômes). Il est aussi riche, dans sa représentation de la guerre, des comportements qu’elle produit, et encore plus de la perception diffuse du traumatisme qu’elle laisse derrière elle, avec par exemple cette merveilleuse situation symbolique de Hachi / Gintoki qui doit tuer ses souvenirs. Enfin et surtout il baigne dans une ambiance bien sûr onirique, mais en premier lieu esthétique (le noir et blanc est somptueux), sensuelle (dans la dimension sexuelle, mais aussi amoureuse) et poétique, qui atteint son apogée dans les dernières images. Sacrée découverte donc, et sacré souvenir.