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Pascal
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4,0
Publiée le 28 octobre 2023
Kaneto Shindo décédé centenaire (2012), ne bénéficie pas de la même réputation auprès de la cinéphilie que celle dont sont dotés les membres du quatuor célèbre de l'âge d'or du cinéma japonais ( Mizoguchi, Kurosawa, Ozu, Naruse).
Il faut observer que la filmographie de Shindo ( scénariste de Mizoguchi, de Ichikawa) est beaucoup moins connue dans l'Hexagone.
Peu diffusée, à l'exception de " l'île nue" et de " Onibaba" ( tous deux excellents), les hasards de la distribution des rééditions permettent de découvrir en salle un opus de Shindo, rarement diffusé sur les écrans ( fin des années 60).
Distribué en France sous le titre de "Kuroneko" ( en japonais le titre est plus long et pourrait se traduire par " le chat noir dans les broussailles"), verse dans le genre fantastique à partir d'une histoire qui n'est pas sans lien avec celle développée dans "Onibaba".
On retrouve les deux femmes appartenant à deux générations différentes, vivant, survivant à la campagne dans une cabane isolée, dans un contexte de guerre, le fils-mari a été incorporé de force parmi les samouraïs, on ignore ce qu'il est devenu ( on le saura dans "Kuroneko")
On peut ajouter que la cabane est entourée d'une barrière symbolique de végétation labyrinthique ( forêt de bambous ou d'herbes hautes). Peut-être représente-t-elle ce qui est caché derrière les apparences ?
Shindo à travers un film de genre (fantastique) qui n'est pas sans faire penser à certains opus de Jacques Tourneur ( la féline notamment) et la double apparence - femme/félin meurtrier -, propose une réflexion sur le poids de l'histoire dans la vie humaine.
Ici c'est la guerre qui bouleverse les vies, sépare les êtres qui s'aiment. Interrogation sur la possibilité d'un amour terrestre pérenne, sur la possibilité même du bonheur.
"Kuroneko" filmé dans un scope noir et blanc magnifique, n'est pas aussi, parfois, sans faire penser par son scénario à "Kwaidan" ( magnifique film à sketchs de Kobayashi) réalisé quelques années auparavant.
Les amateurs de la cinématographie de l'âge d'or du cinéma de l'empire du soleil levant, ne laisseront pas passer "Kuroneko " et la chance de le voir en conditions optimales.
Kuroneko, ou le chat noir en français, est un pur classique du cinéma d'épouvante japonais. Il s'agit de la base de toute l'horreur nippone: peu de personnages, des lieux confinés, présence de félins ou encore ce jeu de séduction entre les fantômes et les humains. Kuroneko est avant tout une ôde contre la société inégalitaire mais surtout un chef d'oeuvre esthétique. L'atmosphère et les décors sont vraiment bien travaillés tout comme les goules qui sont effrayantes. De plus la forêt autour de la maison semble bouger et prendre vie lorsque l'horreur s'installe comme pour fuire un lieu démoniaque. Finalement, c'est un classique de l'horreur japonaise et qui effraye autant qu'il sublime pour son esthétique.
Cette nouvelle itération autour du mythe du chat-fantôme se distingue par son esthétique, à la fois par la beauté onirique de plans épurés jouant de contrastes lumineux, et par l'influence visible du théâtre (danses maternelles issues du No, utilisation de fumée pour créer une atmosphère spectrale ou mouvements aériens des esprits proches du kabuki). Alors que cet écrin renforce la fascination exercée par les héroïnes, les samouraïs se comportent tous comme des brutes cupides, délestées de toute vertu (on sent le changement de point de vue sur cette époque féodale!) - et leur châtiment nous réjouit, sous l'oeil spirituel du noir félin... Cependant, les péripéties du fils parti à la guerre n'intéressent guère, desservies par le sur jeu du comédien spoiler: (admettons que son personnage n'est pas des plus passionnants, peinant à reconnaitre épouse ou mère, taisant son état marital au gouverneur, se laissant finalement abuser avec une naïveté déroutante, alternant vanité et lamentations) , une trame narrative peu trépidante et une mise en scène bien plus classique - même si cela aboutit au dilemme imposé aux deux vengeresses (dont l'une tait son choix de manière peu compréhensible). Enfin, malgré une caméra sachant exsuder des corps des amants quelque sensualité, la réalisation n'avive aucune émotion devant ce pacte tragique avec des divinités du Mal dont le dénouement tombe dans la facilité narrative... Décevant.
Mélodrame fantastique plus que véritable film d'épouvante.Lieu confiné, atmosphère ettoufante,jeux d'ombres et de lumières dans un magnifique noir et blanc très contrasté c'est à un voyage aux pays des fantômes que nous convie le réalisateur de "l'île nue" Dommage que la theatralisation excessive du jeu des acteurs assez typique du cinema oriental de l'époque pourra deconcerter le spectateur.
Merveille formelle, "Kuroneko" est également un puissant récit d'amour et de vengeance dans le Japon médiéval en proie à toutes les violences. La dimension fantastique de l'histoire est traitée avec virtuosité, les déplacements des deux personnages féminins tenant souvent du ballet. De même, une grande sensualité berce les scènes d'amour d'un voile d'éternité, rompant avec la dureté des évènements. Un très beau film.
Une sacrée découverte, tardive, que ce film de Kaneto Shindo. Il se place dans la tradition ancestrale et légendaire des « Yokai », figures fantomatiques et mystérieuses, souvent associées à des animaux, qui peuplent le folklore populaire et la culture Japonaise. Le « Pitch » de ce film fantastique, orienté film de vengeance, assez simpliste, ne fait pas rêver, et l’on pouvait craindre des représentations grossières ou grandguignolesques. Et c’est tout le contraire. Dès la première scène, longue et muette, la qualité mise en scène saute aux yeux. Puis le film est soigné, construit, pensé, et génère des moments rares (je ne me souviens pas avoir vu ailleurs des problèmes de conscience ou des déchirements internes entre amour et devoir chez des fantômes). Il est aussi riche, dans sa représentation de la guerre, des comportements qu’elle produit, et encore plus de la perception diffuse du traumatisme qu’elle laisse derrière elle, avec par exemple cette merveilleuse situation symbolique de Hachi / Gintoki qui doit tuer ses souvenirs. Enfin et surtout il baigne dans une ambiance bien sûr onirique, mais en premier lieu esthétique (le noir et blanc est somptueux), sensuelle (dans la dimension sexuelle, mais aussi amoureuse) et poétique, qui atteint son apogée dans les dernières images. Sacrée découverte donc, et sacré souvenir.