Déjà avec Canine, le grec Yorgos Lanthimos a prouvé qu’il savait mettre, au profit d’une histoire malsaine, une mise en scène froide et déshumanisée. Mais dans Alps, cette glaciation mortifère de l’image et du jeu des acteurs ne sert aucune intrigue tangible, mais uniquement une série de saynètes dénuées d’émotions. Car, hormis le fait de nous faire suivre de façon répétitive les divers travaux de personnages dont on ne sait rien, pas même le nom, s’entrainant à jouer le rôle d’autres individus décédés dont ils vont prendre la place, le film ne mène à rien. Le concept d’une agence qui cherche à atténuer le deuil en remplaçant les morts par des acteurs avait de quoi soulever de larges questions morales, et symboliser les dérives d’une civilisation basée sur l’image, mais l’absence abyssale d’empathie et de cohérence prive le traitement qui en est fait ici de tout approfondissement. Encore cette difficulté d’analyser les motivations du réalisateur ne serait qu’un semi-échec s’il n’avait pas, en plus, rendu son long-métrage totalement hermétique et laborieux en le privant de rythme et d’un minimum de légèreté.
Bof bof... Le postulat de départ était alléchant, mais au final le film peine à démarrer et ne brille pas vraiment. Tout est lent. Les acteurs sont très bons, mais leurs personnages sont entourés d'un mystère qui n'est finalement pas percé à jour, il aurait été intéressant de savoir ce qui à motivé les membres de ce "club" à participer à cette supercherie post-mortuaire par exemple. On ne sait pas vraiment qui ils sont, sont-ils acteurs, sont-ils sportifs? Il y à beaucoup de parenthèses ouvertes, mais aucune ne se referme et c'est frustrant pour le spectateur. C'est un film que l'on cherche à aimer par tous les moyens, mais qui ne fait que décevoir. En une phrase: Il est dur de partager une véritable émotion dans un film si tout y sonne faux.
Etrange film. Etrange scénario. Etranges cadrages. Ce jeu de rôles, dès que l’on comprend de quoi il s’agit (personnellement il m’a bien fallu une bonne moitié de film pour cela), pourrait s’avérer ludique s’il n’était aussi abusivement alambiqué et sibyllin. Cet exercice de style forcé, pas complètement inintéressant malgré tout, s’égare dans des horizons trop abstraits pour vraiment en saisir le sens.
Un film de Lanthimos assez obscur et qui tranche avec le précédent, Canine, éblouissante parabole d’une humanité desséchée et mécanisée. Ici, on assiste à l’évolution d’un petit groupe qui se donne pour mission de remplacer les morts auprès de leurs familles éplorées. C’est peut-être une métaphore de la fonction d’acteur, peut-être une vue décalée de l’espèce humaine prise encore une fois comme sujet entomologique d’étude, c’est sûrement une façon de considérer les pulsions et leurs destins sous un angle apparemment froid mais porteur d’une passion brûlante sous la cendre. C’est un drôle de film sur lequel je n’ai pas vraiment d’avis… Il faudra sans doute une deuxième vision pour me faire une opinion plus définitive…
Alps séduit plus par la force de son scénario et de ses personnages (notamment celui de l'infirmière) que par ses qualités esthétiques (la lumière est assez dégueulasse). On peut penser parfois à Bunuel, sans l'humour et la distance. Ce n'est pas un film très drôle mais c'est un drôle de film.
Les productions grecques se font rares et les projets de plus en plus compliqués à financer. Paradoxalement on note un renouveau chez les cinéastes grecs, cinéma de la débrouille ayant réussi à s’affranchir de l’art de ses maîtres tel que Cacoyannis ou Angelopoulos. On parle même de nouvelle vague grecque. Rahel Athina Tsangari, Panos Koutras, Babis Makridis, Spiros Stathoulopoulos et Yorgos Lanthimos en sont les membres les plus populaires, remportant à chacune de leurs productions d’importantes récompenses lors de festivals internationaux. Alps, dernière production de Yorgos Lanthimos propulsé par son prix à la 68ème Mostra de Venise, a été financé par Yorgos lui même, son chef opérateur Christos Voudouris et par le reste de l’équipe qui a accepté de n’être payé qu’après la sortie internationale du film. La suite ici:
Canine était géniale. Ici on reste sur un sentiment d'inachevé. Le scénario est trop hermétique pour qu'on rentre réellement dans cette histoire. Dommage, l'idée était vraiment bonne.
Mouai. Très bonne idée originale. Traitement un peu brouillon et malheureusement très en surface. Plongée métaphorique dans le monde des comédiens, on voudrait en voir plus, et mieux comprendre le fonctionnement de ALPS!
Décrire ce que l’on ressent en regardant ce film est une tâche ardue. C’est en apparence extrêmement funèbre - mais on se demande par moments si le film ne serait pas en fait une comédie, tant les situations décrites sont absurdes…
Après Canine, Lanthimos revient avec Alps, un film tout aussi saisissant et perturbant, rappelant que le cinéma grec existe toujours, malgré la crise et les difficultés qu'eut Lanthimos pour tourner son film. Dans Canine, l'un des personnages souhaitait fuir la vie trompeuse imposée par le carcan familial pour rejoindre la réalité, l'extérieur. Avec Alps, la scène est plus ouverte, et se déroule dans différents cadres. L'un des personnages suit le schéma inverse à celui de Canine, c'est-à-dire qu'elle veut fuir la réalité pour s'inventer de nouvelles vies. "Alpes", groupe qui remplace des morts dans des familles afin de mieux accepter le deuil, lui donne les moyens de réaliser ces pulsions. Après un début digne d'un grand thriller, puis un léger essoufflement, le film semble s'engager vers une confusion entre la réalité et le jeu, à tel point que le spectateur ne sait plus où il est : hélas, cette direction est vite remplacée par la crise existentielle de l'infirmière - comme dans Canine, les personnages n'ont pas de noms, mais des pseudonymes, ce sont des individus lambda qui évoluent dans un monde actuel à la lisière entre la dénaturation et l'incongru. Dans Alps, il n'y a ni photographies ni vidéos. Si Alps ressemble entre de nombreux points à Canine, dans la réalisation ou les clins d’œil au monde de l'art, il est moins efficace que ce dernier. Toutefois, la fin est tout aussi extraordinaire que celle de Canine. Même si dans un genre différent, les deux se rejoignent en leur abstraction et leur ouverture. Lanthimos le dit très justement, ces fins ne disent pas quelque chose du film, mais du spectateur, de sa personnalité, s'il est optimiste ou pessimiste. Deux choses restent regrettables à propos du paratexte de Alps. D'une, autant Canine n'avait pas subi trop d'exégèses, ce qui le rendait tout aussi puissant et mystérieux, autant Alps se voit affublé de commentaires et d'analyses plus pointilleuses et ennuyeuses les unes que les autres, ce qui révèle plutôt ses failles. De deux, il est regrettable de voir le sort qui est fait à Alps en terme de diffusion en France : très peu de cinémas le présentent, les sous-titres recèlent de fautes d'orthographe, et le titre semble inachevé, resté sous sa forme anglaise, quand on avait Kynodontas / Dogtooth / Canine, on a simplement Alpeis / Alps.
J'avais pas mal aimé Canine qui, bien qu'un peu long, avait quelque chose de solaire et d'inquiétant à la fois, et quoi qu'il en soit de profondément original. Ici, le truc ne prend pas, c'est gris et déprimant, le film se réduit à son seul concept décliné de façon clinique, bref on s'en fout. Il fallait du courage pour rester dans la salle.
Une scène d'ouverture qui en jette, une séquence de fermeture absolument magnifique. Mais entre deux, j'ai eu du mal à accrocher, j'ai même trouvé le film vide et sans intérêt. Malgré le pitch très intrigant, j'ai eu le sentiment que le propos était totalement absent. Sur ce sujet, il y avait matière à dire des choses intéressantes, à présenter des situations drôles et/ou choquantes. Mais là, rien, c'est juste vide de toute émotion et absolument pas aidé par le jeu des acteurs. La plupart des scènes sont d'une absurdité parfois risible, ce qui est dommage car quelques bonnes idées se montrent de temps à autres. Un film sans but précis.
Quoique certains l'affirment, Alps n'est pas la suite de Canine, le précédent film de Yorgos Lanthimos, même s'il en partage de nombreux ingrédients. A commencer par l'étrangeté de son scénario dans la mise en place d'une sorte d'installation conceptuelle, un jeu dont le spectateur connait certaines règles mais pas toutes. L'interprétation "blanche" des acteurs, le montage sec et brutal, la lenteur de son rythme, une sophistication qui confine au maniérisme, tout concourt à créer une atmosphère opaque, malsaine et (volontairement ?) artificielle. Qui sont les membres de ce club Alps ? Quelles sont leurs motivations ? Au spectateur de chercher les réponses s'il le souhaite. Dans ce film qui se complait davantage dans la cruauté que l'émotion, la provocation et l'ambigüité semblent définitivement être les bases du cinéma de Lanthimos. Les limites de l'exercice sont atteintes. Le cinéaste grec, talentueux, c'est indéniable, saura t-il se renouveler ?