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Un visiteur
4,0
Publiée le 5 septembre 2008
"Les Communiants" est un excellent film, cela ne fait pas de doute. Malgré tout, je trouve que Bergman se répète un petit peu avec le second volet de sa trilogie en huis clos. Bien que l'interprétation, une fois de plus toute en retenue et en attitude, sa mise en scène et son scénario soit de haute facture, le réalisateur suédois retrouve un peu des thèmes et des questions semblables à celles du "Septième Sceau"... Bien entendu, cela n'a rien de la reprise ou du "remake", mais des similitudes troublantes nous poussent à rapprocher les deux films: Block le chevalier devient le prêtre, l'écuyer devient l'institutrice et la jeune fille brûlée est remplacée par un fermier apeuré par les menaces communistes. Cependant, Bergman parvient, avec une astuce admirable, à offrir un film fort. Le fait que tout se déroule en huis-clos, dans un espace constamment fermé alors que les lieux choisis sont des lieux d'ouverture (l'école, l'église) épaissit la psychologie complexe des personnages qui se retrouvent face à eux-mêmes, à leurs phobies, leurs peurs et leur désarroi. Le pasteur (magnétique Gunnar Björnstrand), fantôme au pays du divin, l'institutrice, femme révoltée par l'aveuglement volontaire de son amant, le fermier qui refuse de croire que son mal ne vient que de ce qu'il pense être une menace. "Les Communiants" est peut-être ce que Bergman a fait de plus radical dans son exploration du silence de Dieu. Approche peut-être positiviste, mais d'une étonnante violence.
Peu de films, si ce n'est aucun, sont allés si profondément au coeur du phénoméne de la foi. Loin d'un pamphlet politique contre la religion, Bergman scrute, questionne, doute et provoque Dieu lui-même. L'absence, le silence, l'impossibilité de croire, la nature terrible de Dieu, comme d'habitude Bergman crée une oeuvre d'une richesse extraordinaire qui ne saurait perdre de sa force avec le temps.
Un chef-d'oeuvre immense! Second volet de la trilogie sur Dieu, «Les communiants» (1962) fournit ce qui est peut-être la clef d'élucidation de tout l'édifice bergmanien. On la trouve dans la scène centrale de l'ouvrage, quand le pasteur médite les paroles du Christ: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné»? Bergman, fils de pasteur, les comprend à la lumière de l'interprétation de Luther. Celui-ci, à l'encontre de la tradition exégétique médiévale, les entendait littéralement comme d'un abandon du Fils par le Père lequel, pour se venger du péché des hommes, retournait sa colère contre son propre Fils incarné en le broyant sur le bois de la Croix (ce qui explique le caractère particulièrement cruel des crucifixions allemandes du XVIème siècle). Le réalisateur suédois étend en réalité l'interprétation luthérienne à toute l'humanité. Son oeuvre, quoi qu'on ait dit, n'est dès lors pas l'évocation d'une émancipation de l'homme à l'égard de Dieu, mais plutôt le tableau d'une humanité qui, suite au péché, est abandonnée par Dieu dans les affres de la souffrance et de la mort. «Le silence», troisième volet de la trilogie, évoque bien sûr le silence terrible de Dieu face à la souffrance de l'être humain, et la déréliction consécutive de celui-ci. On met en réalité ici le doigt sur la source du pessimisme bergmanien qui n'est autre que celui de Luther. Par ailleurs, la mise en forme de ce contenu théologique est opérée magistralement, avec une économie de moyens stupéfiante et une intensité bouleversante. La scène de méditation déjà citée est tout particulièrement impressionnante. Bergman, par une simple surexposition lumineuse du visage de Björnstrand, arrive à suggérer toute la désespérance du pasteur qui se fait ici l'interprète de l'humanité toute entière. Celui qui veut comprendre le réalisateur suédois doit méditer «Les communiants». Un film d'une profondeur abyssale. Immense!
Bergman évoque les incertitudes liées à la foi religieuse. Le résultat est grandiose : un magnifique drame psychologique fortement nourri de la sensibilité de son auteur. A la fois sombre, glacial, pur et profond, ce film s'appuie par ailleurs sur les prestations remarquables de ses acteurs : Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand, Max Von Sydow... tous sont remarquables, tant leur jeu d'acteur est poussé à son paroxysme. Un film majeur dans la filmographie d'un des maîtres du cinéma mondial.
Deuxième volet de la "trilogie de chambre" (1961-1963), Les communiants est une magnifique réflexion sur la foi religieuse, la responsabilité et le renoncement. Les acteurs sont admirables.