"I'm no man's Elizabeth. And if you think to rull me, you are mistaken."
Ecrit par Michael Hirst une petite dizaine d'années avant Les Tudors et Vikings et réalisé par Shekhar Kapur, révélé à Bollywood, Elizabeth doit ses principales qualités à une réalisation audacieuse tout autant que classique et à une interprétation remarquable. A ce titre, il faut saluer le nez fin de Simone Ireland qui, directrice du casting, a su flairer deux futures étoiles montantes du 7ème art : Cate Blanchett et Daniel Craig. Notons encore la présence de Joseph Fiennes (assez fadasse) et de Geoffrey Rush qui se retrouveront la même année pour un autre film élisabéthain : Shakespeare in Love (John Madden) ou celle, dans un petit rôle de James Frain, habitué des séries de la Renaissance anglaise (Les Tudors et The White Queen). Enfin, la distribution fait la part belle à des valeurs confirmées (John Gielgud, Richard Attenbrorough) et à des interprètes français·es (Fanny Ardant, Vincent Cassel, Jean-Pierre Léaud... Eric Cantona) pour incarner des personnages français afin d'éviter les stupides accents trop souvent pris par des acteurices ne parlant pas la langue.
Du côté négatif, il faudra pointer quelques invraisemblances historiques : l'évêque Gardiner, chantre du retour au catholicisme, est mort depuis 3 ans quand Elizabeth monte sur le trône, Walsingham n'est censé avoir qu'une vingtaine d'années et sir William Cecil une trentaine... Geoffrey Rush et Richard Attenborough en ont le double ; enfin, les personnages compromis dans le complot visant la Reine sont un rien mélangés, Elizabeth en ayant essuyé de nombreux.
Du côté positif, au-delà de la narration, parfaitement équilibrée, la réalisation rend hommage au théâtre voire à l'opéra naissants tout en multipliant les plans en plongée pour donner du relief et de la prestance aux décors, les alternant avec les plans profonds, savant mélange d'ombres et de couleurs.
Une réalisation parfaite, une interprétation remarquable notamment de Cate Blanchett, font de ce film un bel objet, à revoir à la suite des Tudors (déjà Hirst) et de Becoming Elizabeth (Anya Reiss, 2022).
"I am married. To England."