Il est Samedi soir, je ne suis pas sorti, je n'ai pas vu d'amis, je n'ai pas fait d'excès. Et pourtant je titube. Et pourtant ma tête vrille, je sens mon monde tanguer, mes sens répondent à peine. Car j'ai fait pire qu'une nuit de débauche ; j'ai vu Captain America, le soldat de l'hiver, machine abrutissante bien plus forte que le bras bionique de son simulacre de bad guy. Le pauvre Captain n'est pourtant pas vraiment responsable de la tuile. Je crois plutôt que mes nausées viennent d'une overdose devant cette surenchère des studios Marvel, déjà rendus à leur treizième film autour des Avengers en comptant les deux Hulk de Bana et Norton mais sans compter Guardians of the galaxy. Et pour l'instant, même si First Avenger possédait son look rétro-kitsch original, que les Thor nouent des intrigues tragiques qui sont au moins l'esquisse de quelque chose, seul Avengers sort vraiment du lot par sa puissance collective et son habileté à faire passer les clichés efficacement. Pour le reste, c'est du pareil au même, dans le fond. Des super-pseudo twists, des super-incohérences, des super-deus ex machina, des super-gimmicks vus et revus. Je n'y crois plus une seconde, ou plutôt mon adhésion ne tient pas la distance. Le départ du Soldat de l'hiver semble le prouver, m'ayant plutôt attiré par l'évolution qu'il montrait d'un héros dont il se fout en réalité éperdument puisqu'il passe plus de temps à préparer Avengers 2 qu'à développer ses thématiques. Mais par la suite, tout se gâte. On a encore droit à des virages narratifs incessants. Le problème, c'est que ceux-ci sont si nombreux et si divers qu'on n'y croit plus d'une part, et que de l'autre leur nombre et leur variété semble sous-entendre que tout et n'importe quoi peut arriver. Certainement pas de quoi relancer un suspense qui n'a jamais existé (rien ne peut arriver à des héros si rentables) mais plutôt entretenir un farouche scepticisme en mode "que vont-ils bien pouvoir inventer la prochaine fois pour me rouler dans la farine ?". D'un autre côté, au bout de la vingt-huitième côte cassée ou du cinquantième gnon dans la tronche, j'ai aussi eu du mal à me retenir de crier quelque chose du genre : "Mais c'est bon, on a compris que c'était pas facile d'être un héros et que Chris Evans est un dur qui sait encaisser, pas besoin d'en rajouter ! Si tu veux vraiment le tester, rend-le un peu moins lisse, et demande lui de jouer quelque chose. Ça ce serait un défi !". En plus, le Captain a la malchance de tenter d'explorer un genre qui ne me parle pas des masses, le thriller politique - quoi qu'en fait tout ça ne soit qu'un prétexte pour donner l'impression de quelque chose de plus creusé et faire cachetonner Redford. Et puis certaines CGI sont juste hideuses, autant criantes d'esbroufe et de fausseté que le scénario (quelle mise en abyme !). Le plus triste dans tout ça, c'est que je crois que tel un cleptomane, on me reprendra la main dans le sac avec Avengers 2, y cherchant les plaisirs adolescents perdus depuis quelques années. Dans le feu de l'action, impossible d'être réellement sûr si Captain America : le soldat de l'hiver condamne pour moi toute la série Marvel et ses vices souvent impardonnables, ou s'il est en fait un vrai cancre qui pousserait les défauts de ses camarades un peu trop loin pour que je le supporte. En tout cas, bonnet d’âne pour ce cinéma pop corn qui tourne inlassablement en rond, pas crédible même pour le genre, formaté pour le spectateur tel l'échantillon d'anti-art qu'il est. Éreintant, complètement éreintant. Sur ce, je vais re-goûter au plaisir de la trilogie Dark Knight, cette oeuvre en trois temps devant laquelle, au moins, je n'ai pas le sentiment d'être considéré comme un abruti.