Film testamentaire de Sergio Leone (et dire qu'il voulait faire un film sur Stalingrad, quel dommage !!) qui est mort beaucoup trop tôt, est pourtant devenu en l'espace de 6 films (je ne compte pas les films où il a été producteur ou co- réalisateur puisque on ne voit pas sa patte) un réalisateur majeur du XXe siècle, révolutionnant le western tout court avec sa mythique trilogie du Dollar qui révéla le célébrissime Clint Eastwood. Pionnier du western- spaghetti, on pensait que Leone ne pouvait pas faire mieux : et si, avec une nouvelle trilogie "Il était une fois" qui s'étale sur une période de 16 ans, de nouveaux 3 chef d'oeuvre.
Dernier film de la trilogie, Il était une fois en Amérique est un film où l'on voit que le travail de Leone est fantastique et lorsqu'on le finit, on a une impression d'avoir vu une oeuvre complètement incroyable et démesuré que les autres films que vous verrez après seront quelque peu fades, selon mon avis.
Film- fleuve traite de la vie de Noodles, de sa jeunesse délinquante jusqu'à son retour à New York nostalgique et poignant en passant par l'histoire d'amour avec la sublime Deborah, raconte surtout l'avènement du gangstérisme à New York dans les années 20 et 30.
Si il ressemble sur beaucoup de points au Parrain partie 2, il est beaucoup plus impressionnant et génial que ce dernier :
-une durée incroyable, de mémoire de cinéphile jamais je n'ai vu un film aussi long (presque 4 heures !) mais aucun problème, Leone réusssit le pari incroyable de nous tenir en haleine pendant 4 heures, un exploit que l'on ne souligne pas assez.
-la réalisation inventive et extrêmement bien ficelé et travaillé, entre flash- backs, souvenirs, ralentis, longs travellings, gros plans sur les visages des acteurs (sa marque de fabrique) pour capter les émotions intenses, la scène où le jeune pote de Noodles est abattu en pleine rue par Bugsy, un chef d'un gang est exceptionnelle. Je ne parle même pas de la scène finale culte qui elle aussi est génialissime ou encore la dernière rencontre entre Max et Noodles d'une intensité dramatique immense. Chapeau Sergio !
-la performance des acteurs, Robert de Niro dans un rôle à la maison (il joue souvent les gangsters), offre une prestation exceptionnelle et grandiloquente, même si est tout en retenue lors des scènes où il est dans la force de l'âge, les scènes où il est vieux il a une intensité de jeu hallucinante, à la fois violent, généreux, et nostalgique, pour moi c'est sans doute son plus grand rôle avec Raging Bull et Taxi Driver. Avec ce rôle qui lui colle à la peau il est bien un des plus grands acteurs de son époque. Mais les jeunes délinquants sont très crédibles surtout Jennifer Connelly qui crève l'écran, l'apparition de Joe Pesci est savoureuse, Burt Young, Treat Williams, Danny Aiello, William Forsythe sont également très bons, Elisabeth McGovern, Darlanne Fluegel et Tuesday Weld sont sublimes, il faut souligner aussi l'interprétation incroyable de James Woods, habité par son personnage Max et en état de grâce face à la caméra, quel dommage que l'on ne voit plus cet acteur sur de grands films, il est excellent.
-la photographie est excellente de bout en bout, peut importe les époques, si les années de jeunesse sont sublimes, le retour au "pays" de Noodles est émouvant avec l'apport de cette photographie.
-la musique, ah la musique ! Elle est l'essence même du film, et le résume parfaitement bien. Le cocktail Leone- Morricone est sans doute ce qui ce faisait de mieux en terme d'association film- musique, et aujourd'hui encore la musique d'Ennio Morricone retransmet parfaitement l'esprit du film par ses envolées nostalgiques qui donne de gros frissons !
-le montage est lui aussi très bon, alternant les époques avec une facilité géniale sans nous faire décrocher l'histoire.
-le scénario est lui aussi très fouillé, on voit un travail gigantesque qui a été fait, un monument scénaristique pour nous plonger dans 60 ans de la vie de notre héros. Leone et son équipe a mis quand même plus de 10 ans pour finir le script quand même !
Bref, l'ultime chef d'oeuvre de Sergio Leone est à voir absolument ! Si on lui reproche sa longueur ou son sujet trop emprunté par le Parrain, Il était une fois en Amérique est une oeuvre beaucoup plus dense qui nous touche : drame puissant nostalgique, thriller de gangsters décrivant l'ascension dans la pègre de son groupe d'amis, romance entre Deborah et Noodles, film réaliste pour chaque époque et d'une violence crue, film d'amitié et de fraternité qui finira mal, et surtout film d'expérimentation des souvenirs et de la mémoire, Il était une fois en Amérique est un chef d'oeuvre, un monument du cinéma qui touche à la perfection.
P.S : Regardez- le au moins une fois pour vous faire votre avis, franchement beaucoup de personnes le trouvent long, mais moi je trouve que c'est un avantage pour bien décrire et comprendre toute la vie de Noodles, et je peux vous dire que les dernières minutes sont les meilleures !